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All Inclusive…

La langue est dans un mouvement de changement perpétuel. Il en a toujours été ainsi sauf à ce que la langue devienne « morte » selon l’expression consacrée. Elle peut mourir de n’être pas usitée, elle peut mourir de ne pas refléter les transformations du monde et de la société qu’elle façonne autant qu’elle est façonnée. Face à cela, l’Académie française est impuissante. Ce qui ne rend pas son rôle inutile, pour autant qu’elle porte des positions, qui puisse être autre chose qu’un conservatisme hors sol…

Le débat fait rage dans les milieux autorisés sur l’écriture dite inclusive. L’enjeu selon les tenants de cette évolution ? Rien moins que de déboulonner la suprématie du masculin sur le féminin dans la langue. En suivant cet argument, on arrive à l’idée que les inégalités hommes/femmes qui s’expriment (et se construisent) dans la langue pourraient s’atténuer voire disparaître en changeant la langue. D’où l’écriture inclusive. Rationaliser les accords, féminiser les titres professionnels, éliminer les expressions exprimant une position (masculine) dominante sont des évolutions en mouvement depuis bien longtemps. Elles puisent leur légitimité dans le long combat pour l’égalité. Aussi, de quelle façon l’écriture inclusive vient-elle servir cette cause ? La cheville ouvrière de cette écriture est appelée le point médian. Ce point que l’on marquerait systématiquement pour faire apparaître tous les accords de genre possible. Et là, les choses se gâtent sérieusement parce qu’en pratique c’est compliqué. Avec des points médians en quantité c’est l’écriture et la lecture qui deviennent délicates parce que dès qu’on dépasse les deux occurrences par paragraphe, le texte ralentit automatiquement la lecture en accrochant l’œil par une succession de points s’ajoutant à la classique ponctuation ; et de surcroît, il est impossible de lire l’écriture inclusive à haute voix. Petit exercice de style : comment prononcer dans l’écriture inclusive « les avocat·e·s » ? Doit-on dire « les avocats » ? On supprime dans ce cas le féminin pourtant écrit noir sur blanc. Doit-on dire « les avocates » ? Et alors on élimine le masculin, ce qui ne ferait qu’inverser une tendance. Doit-on créer de nouveaux énoncés « les avocateuesses » ? ou encore lire au ras du texte : « les avocat, point e point s » ? Avec cette démonstration, il s’agit peut-être d’une position conservatrice qui ne dirait pas son nom ? Mais est-il sûr que la création d’une « novlangue », à la façon de George Orwell pour « mieux » penser, sera la réponse à l’enjeu de l’égalité ? Et à y penser, les nombreuses langues dans lesquelles les questions d’accord ne se posent pas, ces langues qui ont recours au genre « neutre » : Ont-elles favorisé l’émancipation féminine ? Ont-elles instauré l’égalité. Cela se serait su…

Éditorial de Philippe Bigot
décembre 2017