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Coopérer, une idée qui a de l’avenir…

Dans le monde de l’économie, le darwinisme est un monde de luttes acharnées et féroces pour la survie ; un monde dans lequel il n’y a de places que pour les meilleurs, ceux qui savent s’adapter. Un monde dans lequel le marché et sa loi impitoyable font le tri, le faible est condamné à disparaître, le fort est condamné à le rester… aux dépens des autres. Dans ce monde-là, les finalités de l’adaptation et de la survie l’emportent sur les moyens. Bref, Darwin serait d’une absolue modernité. Sauf que Darwin n’a pas inventé le darwinisme économique et que rien ne prouve qu’il ait été darwinien…

Et si Darwin était d’actualité pour d’autres raisons que celles avancées dans les discours convenus et qui se présentent in fine comme fondements anthropologiques de rapports socio-économiques, plus connus sous l’appellation (non contrôlée) de néolibéralisme… ? Il est tout de même curieux de constater que dans son ouvrage princeps, « L’origine des espèces », Darwin ne dit rien, ou presque de l’Homme. De là à penser à une mystification… Mais il y a mieux, en termes d’actualité cette fois. Dans un autre ouvrage - « La filiation de l’homme » - Darwin évoque les sociétés humaines et y développe une vision dans laquelle il fait tenir à la coopération, une dimension et une place prépondérantes. En résumé, tout le contraire du discours habituel ! Selon Darwin, la coopération - indispensable entre êtres humains - est sous-tendue par le processus de sélection naturelle lui-même. Bien que concurrence soit le maître-mot du discours économique, il n’en reste pas moins que nous vivons au quotidien auprès d’êtres humains dont nous avons besoin, de qui nous obtenons du soutien et à qui nous apportons du soutien. Et ces derniers sont bien plus nombreux que nos concurrents. Qu’il s’agisse de notre boucher, du mécanicien chargé de l’entretien de notre engin roulant ou encore de l’équipe de travail avec laquelle on déploie sa mission, nous ne pouvons que nous satisfaire que chacun fasse bien son travail et soit indisposé lorsque ce n’est pas le cas. Ne serait-ce pas le contraire s’ils étaient nos concurrents ?... Et puis, la concurrence n’est pas en soi un gros mot, et n’exclut nullement l’éthique. Darwin avait observé qu’un groupe solidaire est en concurrence avec d’autres groupes, également solidaires. Concurrence qui devient alors un élément indispensable pour le développement du soutien réciproque dans le groupe. Aussi, en temps de crise, que la solidarité humaine s’en trouve renforcée n’est pas un effet romantique mais une donnée observable. Même les tribulations d’Astérix et de son village témoignent bien de ce phénomène, face à la menace et aux difficultés la coopération est une solution… Parfois la seule voie comme l’indique la théorie des jeux.

Éditorial de Philippe Bigot
avril 2018