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Le goût de l’autoritarisme

Mai 68 fête ses cinquante ans, ce qui n’empêche nullement l’autoritarisme d’avoir le vent en poupe. L’histoire semble installée dans un mouvement de balancier entre émancipation et autoritarisme. Et la psychologie sociale enfonce le clou récemment, montrant, études statistiques à l’appui que l’autoritarisme n’est pas seulement un goût, il a aussi ses odeurs…

Nombreux furent les mouvements visant l’émancipation qui s’initièrent en mai. Si le 1er mai ouvre aujourd’hui aux savants calculs des ponts, il trouve son origine en 1886 à Chicago avec des revendications portant sur la journée de 8 heures. Il deviendra fête internationale du travail en 1889. Le monde a changé depuis. Des droits ont été conquis pour que l’on puisse envisager, sous nos latitudes, le travail comme une source de réalisation de soi. Une préoccupation très contemporaine et finalement marginale face aux conditions dans lesquelles le travail s’effectue dans le monde. Le nouage entre la revendication sociale et le désir de l’individu à se réaliser vient s’opérer autour de l’émancipation. Qu’il s’agisse du cheminement qui concerne chacun pour se dégager de ses divers assujettissements ou des mouvements et combats collectifs pour une émancipation comme contre-point d’une aliénation individuelle. Mais le mouvement de l’histoire ne cesse pas et les droits acquis n’ont rien de définitifs. Comment ne pas être interpellés par la tentation autoritaire lorsque les repères traditionnels pour « lire » le monde sont caducs ? Comment ne pas s’inquiéter du commerce de ceux qui affirment, là où les doutes forment la matière de la complexité du monde ? Les pouvoirs autoritaires se déploient autour de nous utilisant la démocratie comme combustible. L’ivresse de l’autoritarisme entraîne « sa gueule de bois » liberticide. Une constante de l’histoire et il n’est pas sûre qu’à la répétition, la farce succède à la tragédie pour reprendre la formule de Marx. Les mécanismes de l’autoritarisme et des aspirations qu’il entraîne sont multiples.

Des travaux récents menés par des chercheurs scandinaves de la Royal Society Open Science montrent scientifiquement - nous dit-on - que le goût de l’autoritarisme trouverait ses racines dans notre rapport aux odeurs. Moins nous supporterions les odeurs corporelles fortes des autres et plus notre goût pour l’autoritarisme serait développé. Voilà qui laisse pantois. Les scientifiques produisent une explication. L’hypothèse avancée est que les odeurs sont associées aux virus, bactéries et donc au risque de maladie. Aussi les individus ne pouvant supporter les odeurs fortes de leurs prochains se trouveraient rassurés par les postures autoritaires qui favorisent la séparation, le cloisonnement, « l’entre soi ». Une explication causaliste, mécaniciste avec estampille scientifique pour rationnaliser ce qui ressemble bien à un cliché xénophobe : l’odeur de celui qui n’a pas notre odeur en somme. L’émancipation reste une ambition de tous les instants.

Éditorial de Philippe Bigot
mai 2018