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Filet du ciel...

Imaginons les trésors que peut nous réserver le mariage de l’éducation avec la technologie. Comme chacun sait l’homme est un loup pour l’homme, alors dans un monde qui a vu sa population doubler en moins de quarante ans, il faut révolutionner l’éducation des gens.

Supposer que chacun de nous disposerait d’un crédit que l’on pourrait baptiser « crédit social ». Ce système de crédit consisterait en l'attribution d'une note à chaque citoyen en fonction de son comportement.  Il reposerait sur la collecte d'un ensemble de donnée sur les personnes et les entreprises, sur leur comportement dans les transports en commun à leur « moralité » sur les réseaux sociaux, en passant par leur respect du code de la route. Toutes ces notes seraient alors agrégées pour définir la « qualité » du citoyen et lui ouvrir des droits. Alors les individus qui auraient une note basse, se verraient alors privés du droit de postuler certains emplois, d’inscrire leurs enfants dans certaines écoles ou pourquoi pas de prendre les transports en commun. Avec une technologie bien gérée, les traces (informatiques, numériques…) de chaque individu seraient conservées et les caméras des villes devenues intelligentes auraient la compétence de la reconnaissance faciale. Ici, l’économie s’invite à la noce. Grâce à un système de surveillance généralisé une idée simple peut prendre forme : pour adopter de bons comportements ou les changer, il faut leur donner un coût. Les économistes appellent cela le signal prix. Une traduction actuelle de ce fameux « signal » pourrait être, par exemple, d’augmenter le prix du carburant pour inciter les consommateurs à s’en passer. Ce système d’éducation citoyenne allié à l’impossibilité de s’extraire du contrôle ferait de l’individu, un être en quête permanente d’amélioration de lui-même et dont le niveau de crédit social serait la preuve. Chercher à augmenter sans cesse son crédit social et ne rien faire qui le ferait baisser serait alors la préoccupation de chacun pour lui assurer de vivre avec des droits et permettre à sa famille et à ses enfants de vivre « libres ». Une pure fiction ? et bien cela se passe près de chez nous, en Chine. Ce programme de surveillance généralisée permettant la reconnaissance à tout instant de chaque individu devrait être totalement opérationnel en 2020. C’est l’année prochaine. Déjà testé dans de nombreuses villes, il est déjà très au point. 11 millions de citoyens ont vu leur crédit social fondre comme neige au soleil et se sont vu interdire de transports en commun, de passeport. « Filet du ciel » est le nom romantique donné par le pouvoir à ce plan de surveillance-punition qui rend un vibrant hommage au « panopticon » de Jeremy Bentham. La science-fiction ne serait-elle pas en train de nous montrer sa capacité à frapper aux portes du réel ?

Éditorial de Philippe Bigot
mars 2019