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Le management automatisé...

Chez Amazon, on ne plaisante pas avec la productivité d’autant que le business galope à bride abattue. Alors comme on est technophile chez les Bezos, on sait joindre l’innovation à l’utile. A Baltimore, les robots sont à la manœuvre. Imaginez la scène : la journée des employés dans les entrepôts est gérée à la seconde près par des trackers et des indicateurs numériques.

La productivité de chaque employé est mesurée en temps réel et dès que le niveau de cette productivité quotidienne n’est pas au rendez-vous, l’employé reçoit chez lui une lettre générée automatiquement par un système commandé par une intelligence artificielle. What else direz-vous ? Il se trouve que chez les Bezos on a le sens de l’humain. Alors après un premier avertissement l’employé peut ainsi se ressaisir, travailler plus, plus vite et passer moins de temps aux toilettes. Un sujet problématique repéré dès le XIXème siècle d’ailleurs. Quand on imagine l’argent perdu lorsque les employés sont aux toilettes, il faut savoir réagir. Les robots sont d’une objectivité scrupuleuse en la matière. Aux employés de bonne volonté, l’avocat d’Amazon sait trouver les mots : « Nous ne congédierons jamais un employé sans nous assurer qu’il ait d’abord reçu notre total support, ce qui inclut un coaching dédié et un entrainement additionnel ». Sauver son prochain est un art de vivre chez les Bezos. Que faire lorsque la qualité ou la productivité dont l’entreprise a tant besoin n’y sont pas ? Que faire lorsque tout a été fait ? Sauver l’entreprise de celui qui ne marche pas à la bonne cadence apparait comme une question de vie ou de mort. Chez les Bezos, l’empathie est une vertu. On préfère déléguer aux robots les envois de mauvaises nouvelles. Car chez Amazon, ce sont les algorithmes, l’IA et les imprimantes qui se chargent de licencier celles et ceux qui mettent l’entreprise en danger. Entre août 2017 et septembre 2018, trois cents employés ont été licenciés par la mise en œuvre d’un management automatisé grâce à ce qu’Amazon appelle « une mesure propriétaire de la productivité ». On apprécie le maniement de la novlangue, on est amateur de littérature orwellienne chez les Bezos. Si l’homme producteur avait au siècle dernier été aliéné à son robot en lui faisant exécuter des tâches, c’est maintenant le robot qui (sur)veille au travail de l’homme. Le bras d’honneur du robot à l’Homme en somme. Chez les Bezos, on sait de quoi « intelligence artificielle » est le nom.

Éditorial de Philippe Bigot
juillet 2019