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A nos bons vœux…

Le temps des vœux est venu. Rituel annuel qui scande le temps et nous plonge dans un inexorable comptage des années. Les vœux se formulent pour un futur, même proche. Et c’est à cet endroit qu’un nœud vient se former. Car comment concilier des vœux qui valent pour 365 jours et les messages qui poussent à vivre au présent, à vivre l’instant présent sous peine de ringardise. Il y a une expression pour dire cela : « Carpe Diem ». Alors le fameux Carpe Diem serait-il soluble dans les vœux de bonne année ?

Carpe Diem est devenu un leitmotiv, un principe voire une hygiène de vie. A cet égard, le « Carpe Diem » est socialement bien plus valorisé et valorisant que la nostalgie par exemple. Le marketing en prime. Il donne son nom à des restaurants, des chansons et inspire des tatoueurs. Il est un slogan, une promesse, une règle de vie et même, il serait devenu un élément de langage. Une traduction littérale dirait « cueille le jour » devenue dans le monde moderne une injonction « vit au présent ». Alors la question se faufile : que veut dire vivre au présent ? Parce qu’au fond, est-ce que je ne vis pas déjà et de fait au présent ? Et quand je pense au passé, que je me remémore des souvenirs, ou quand je fais des projets, est-ce que ça fait de moi quelqu’un de déconnecté du présent ? Le paradoxe du « Carpe Diem » pointe le bout de son nez. Répondre à l’injonction du « vivre l’instant présent » implique ceci : vivre l’instant présent suppose de s’arracher au cours du temps pour saisir le présent, le considérer, le mettre à distance. Saisir le présent suppose de s’en faire l’observateur. Est-ce alors « vivre » le présent ? Car à vivre l’instant présent, mais quand on s’y met (sérieusement), on y pense, et alors on ne saisit rien, on ne fait qu’échouer à saisir quelque chose. C’est le problème du « Carpe Diem » : accepter l’injonction moderne de vivre l’instant présent, alors même qu’on le vit déjà, et se dire dans son for intérieur qu’on doit le vivre ne fait que nous empêcher de le vivre ! Après avoir ouvert sur le temps des vœux, le moment est venu de ponctuer avec les vœux du temps : souhaitons-nous pour 2020 de ne plus penser au temps car n’est-ce pas en y pensant que nous le perdons ?

Éditorial de Philippe Bigot
janvier 2020