Édito du mois

De l'empathie ...

Depuis bien longtemps, le rat de laboratoire subit pour faire avancer la connaissance scientifique, toutes sortes de traitements. Au-delà du fait que le rat de laboratoire n’a guère de moyens pour dire son désaccord, la question peut se poser du vécu et du ressenti qui peuvent être les siens en particulier lorsqu’un membre du groupe se trouve en difficulté. Une équipe de scientifiques s’est attelée à cette tâche…

Une équipe japonaise s’est fondée sur une hypothèse : savoir si les rats, dont il est déjà connu et démontré qu'ils peuvent ressentir de l'empathie, peuvent la développer jusqu'à manifester des comportements « prosociaux ». Apporter de l’aide à l’autre, sans chercher un bénéfice ou être motivé par une récompense. Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont donc développé un dispositif qui, observé à partir d’une perspective anthropomorphique, ne manque pas de cruauté. Ainsi, ils ont créé une cage avec deux compartiments transparents : dans un premier, ils ont mis de l'eau à un niveau assez élevé, et rien dans l'autre, alors totalement sec. Entre les deux, une petite trappe qui s'ouvre grâce à un mécanisme à actionner. Un mécanisme de passage fort classique pour les rats de laboratoire… Ils ont ensuite plongé un rat dans le compartiment inondé – en situation d’être au bord de la noyade à tout instant - et un autre rat dans le compartiment resté sec. Ils ont rapidement constaté que le rat au sec va spontanément venir en aide à son congénère qui risque la noyade. Il va pour ce faire apprendre, plus ou moins rapidement, à se servir du mécanisme d'ouverture de la trappe, et ce, sans qu’aucune récompense ne soit donnée. Prolongeant l’expérience, les chercheurs vont intervertir les rats : le rat qui a déjà été en danger de noyade va aider beaucoup plus rapidement son camarade qu'un rat qui n'a jamais été plongé dans le compartiment inondé. Au terme de cette expérience, une question restait alors ouverte pour valider l’hypothèse d’une empathie : est-ce que le rat « sauveteur » va au secours de son camarade parce qu'il ressent le danger, ou simplement, parce qu'il cherche un compagnon de jeu ; parce qu’il s’ennuie dans son compartiment bien qu’à l’abri du danger ? Pour trancher cette question, les chercheurs ont donc créé une cage à trois compartiments. Deux compartiments secs et le troisième inondé. Dans ce dispositif, le rat « sauveteur » va bien aider le rat dans la cage inondée ; il ne va pas rejoindre tranquillement son congénère qui lui est bien au sec, à l’abri du danger. Pour cette équipe, toutes ces observations viennent soutenir l'hypothèse d'une empathie associée à une forme de conscience de la détresse ressentie par un congénère en danger. Une hypothèse qui devient un comble pour notre empathie, humaine, à l’heure de l’exode en méditerranée de ceux qui cherchent à sauver ce qu’ils ont de plus précieux, leur vie et celle de leurs enfants. Ils se noient, tombent dans les mains de mafias ou sont enfermés dans des camps. Que feraient les rats ?

La banalité de la méchanceté...

Les méchancetés, petites et grandes peuplent les quotidiens de chacun. Qu’il s’agisse des méchancetés que nous subissons ou qu’il s’agisse de celles que nous infligeons, parfois à l’insu de notre plein gré, selon la désormais célèbre formule ; elles participent des relations humaines. Mais qu’en est-il de cette méchanceté et des formes qu’elle peut prendre lorsqu’elle s’étend, et, se répand dans les médias et les réseaux que l’on nomme sociaux ?

Les articles ne manquent pas ces jours derniers pour revenir sur les quelques trente ans du phénomène de la téléréalité. Son ressort est simple mettre des « anonymes » sous les feux des projecteurs et leur donner la parole. On comprend vite que c’est là une manière d’accéder à la notoriété, à la « popularité » quitte à se donner en spectacle et parfois même, à se jeter en pâture. Et le paradoxe se déplie ici : en cherchant à donner la parole pour susciter l'empathie on en arrive à provoquer son envers : la moquerie, l'ironie, en un mot de la méchanceté ; comme si, empathie et méchanceté pouvaient se superposer et même se confondre. Mais où se loge cette méchanceté : chez la personne moquée qui a décidé de s’exposer prenant ainsi son risque, dans le dispositif de « téléréalité » qui l'instrumentalise, ou encore, dans le regard du spectateur qui y prend plaisir, comme au bon vieux temps de la catharsis antique ? Peut-être un peu des trois, car un autre paradoxe, réside ici : en donnant la parole à des personnes qui ne l’avaient pas jusque-là, en ouvrant le champ médiatique à tous se réaffirment des normes, se rétablissent des jugements de goûts, de morale et toute sorte d'évaluations. Et sur ce terrain de l’évaluation et sous couvert de « donner son avis », nous sommes conviés à nous prononcer. Et à lire des « commentaires » accompagnant la notation attribuée à un chauffeur Uber, un livreur Deliveroo, un restaurant sur Tripadvisor, un produit acheté sur un site marchant... on réalise là aussi que la méchanceté peut bondir à chaque instant. Il est somme toute banal que la possibilité de donner la parole à tous, pour exprimer une opinion, déchaîne les passions allant jusqu’à abolir les règles de la bienséance. Qu’est-ce qui fait que cette possibilité d'expression donnée à l’anonyme en vient à établir des distinctions qui élisent non pas des chefs, mais des boucs émissaires ? Pourquoi sur le mode de la méchanceté qui, même diversifiée, voulue, répétée, comme les trolls qui vampirisent les sites, vise toujours un « autre » ? A l’ère du numérique, une novlangue s’impose. Ne parlons plus de lynchage mais de « bashing » qui n’est rien d’autre qu’une des formes contemporaines d’expression de la méchanceté qui peut être, reste malgré tout, même en négatif, une manière de désigner les liens qui nous unissent.

Une éthique minimale

L’actualité est toujours fertile pour nourrir les grands discours moralisateurs qui, comme le disait Pascal, se moquent de la morale. Et la période pandémique ne saurait faire exception donnant la parole aux experts qui ont des avis sur tout et surtout des avis… jusqu’aux moralisateurs de tout bord et de tout genre. Il y a pourtant quelques cailloux dans la chaussure du moralisateur…

Le philosophe Ruwen Ogien nous a légué en héritage son concept d’éthique minimale, lequel, sous ses allures de pas grand-chose, ne vise rien d’autre qu’à miner le moralisme et les morales prétentieuses, le paternalisme et toutes les formes de prohibitionnisme érigées par ceux qui, se disant absolument certains de savoir où sont « le bien » et « le juste », dressent des murs au-delà desquels ils projettent tout le mal. Ce minimalisme se caractérise par une sorte de neutralité à l’égard des diverses conceptions du « Bien », et pose que nos croyances morales n’ont pas besoin de se fonder sur un principe unique et incontestable (Dieu, la Nature, la Raison…), et parvient à faire tenir toute la morale dans deux petits impératifs : accorder la même valeur à la voix de chacun, et ne pas nuire aux autres. Qu’est-ce cela implique ? Tout simplement qu’il n’y a pas de devoir envers soi-même, et qu’on peut mener la vie qu’on veut du moment qu’on ne porte pas tort à autrui. S’en tenir à cette éthique minimale ne va pas de soi. Car même en n’ayant aucun devoir envers moi-même, je peux évidemment me laisser aller, ne plus prendre soin de mon hygiène ou de ma santé, me laisser détruire par de dangereuses addictions, céder à toutes les indignités. Mais est-il certain qu’en me comportant ainsi, je ne nuise pas à autrui, je ne fasse pas du tort à ceux qui m’estiment ou m’aiment, et qui se sentent tristes, humiliés, blessés de me voir me dégrader de la sorte ? Le philosophe cherchera sa vie durant à montrer qu’une éthique minimale est non seulement praticable mais apte à protéger des moralisateurs. Une éthique minimale ne s’exerce pas sans provoquer quelques grincements. Car il n’est guère aisé d’accepter que bien des pratiques, qu’on dit absolument immorales, sont en réalité simplement contraires à des règles religieuses n’impliquant alors pas ceux qui n’ont pas de religion ou à des règles sociales qui ne cessent de varier selon les sociétés et les époques. Dans son iconoclaste ouvrage « l’Influence des croissants chauds », Ruwen Ogien désirait qu’on ne puisse freiner et rogner la liberté des personnes. Aussi, laissons-lui le dernier mot : « On peut être universaliste à propos du juste et relativiste à propos du Bien ».

La terrible simplification…

La « terrible simplification » a de beaux jours devant elle. Alliée naturelle d’un utilitarisme conçu comme une finalité en soi, elle n’aurait d’autre ambition que de nous permettre de simplifier la compréhension d’un monde devenu bien trop complexe. Et tant pis si la simplification ne fait que maquiller une réalité au point de la transformer. Les savoirs sont un enjeu majeur dont les « terribles simplificateurs » s’emparent sans vergogne. Pour ceux-ci, replier « le vrai » sur « l’exact » est une pratique qui entraine que le niveau de vérité est déterminé par le niveau de décibels avec lesquels cette « vérité » est énoncée. Une vérité de laquelle le doute est évacué, ce qui en fait, rien moins qu’une certitude. A ceci près que vérité et exactitude n’appartiennent pas aux mêmes champs…

Paul Watzlawick nous aura enseigné que la « terrible simplification » doit toujours être débusquée et dénoncée tant elle fait courir aux relations et à la démocratie de graves dangers. La question que pose le « terrible simplificateur » forcené peut porter sur les savoirs, il se fait alors utilitariste : à quoi sert de savoir un savoir qui ne sert pas concrètement ? A situer l’utilité du savoir sous l’angle de la rentabilité, d’un pragmatisme immédiat, d’une rentabilité et d’une efficacité dans l’exécution des tâches, alors en effet, le savoir, la lecture, la culture… ne servent à rien ! C’est ça l’utilitarisme avec ses apparats idéologiques : posséder les savoirs dont on a besoin, et pas plus… Alors les choses deviennent (enfin) simples ! Utilitarisme et culture ne font guère bon ménage comme nous le rappelle le mouvement « d’anti-intellectualisme » venu d’outre atlantique. Trop de savoir encombre, il incite à se poser des questions qui détournent de la finalité : jouir des biens matériels. Le nouveau cogito « je consomme donc je suis » serait une fin en soi. Mais réserver les savoirs à quelques-uns n’est pas sans conséquences pour le « vivre ensemble ». A polariser sur les seuls savoirs utiles on s’éloigne de la culture qui n’est effectivement pas « utile » parce qu’elle est en fait vitale. Elle est le propre de l’humain qui doit notamment apprendre dès son plus jeune âge à renoncer à nombres d’actes qui pourtant lui seraient bien plaisants. Soit parce que ces actes sont impossibles, soit parce qu’ils sont interdits. Sublimer est la voie qui autorise la société des Hommes. La tragédie antique mettant en scène les conflits et tendances humaines les plus intimes remplissent aussi cette fonction de sublimation, au-delà de leur poésie et de leur esthétisme. Une idéologie qui engage une société dans le dénigrement de la culture et de « sa » culture ne fait que labourer le terrain de la violence. La citation d’Herriot garde toute son actualité : « la culture, c’est ce qui demeure dans l’homme lorsqu’il a tout oublié ».Une pensée simplificatrice au service d’un pragmatisme aculturé n’est pas qu’un mouvement, c’est une idéologie débouchant sur un modèle de civilisation régressif dans lequel la sauvagerie rafle la mise. Et ce modèle semble bien revenir…

Hibernatus…

Supposez que vous reveniez après une petite vingtaine d’années, supposez que vous ayez été absent du « monde » et de son brouhaha. Quelle ne serait pas votre surprise en arrivant dans le nouveau monde de la civilisation numérique. Vous découvririez les réseaux sociaux au rang desquels Twitter. Et là, une certaine perplexité vous envahirait…

Dans cet autre monde, lieu d’une expression appelée collaborative, plus de trois cents millions d’internautes s’attèlent chaque jour à réécrire l’Histoire et ainsi à transformer notre présent. Les « fakes », terme en vigueur dans le langage courant occupent une place de choix. Apparaissant parfois pour ce qu’elles sont ou se dissimulant avec subtilité dans telle ou telle présentation de situations. Bien difficile de faire la part des choses entre le vrai et le faux d’autant que l’un et l’autre recourent à « l’exact » et à « l’inexact ». Autrement dit, les frontières entre vrai et faux se déplacent en cela que le faux peut abriter « de l’exact » et inversement. Grâce à votre absence au cours de ces dernières années, vous constatez de façon saisissante que les réalités dans lesquelles nous vivons sont des réalités sociales, des réalités construites qui sans cesse viennent questionner le statut du vrai et du faux. Vous prenez alors la mesure des incidences du numérique. Dans ce monde numérisé et hyperconnecté, la dialectique, l’interrogation et le doute critique ont largement laissé leur place aux affirmations, aux certitudes et aux « fakes ». Dorénavant, une supposition énoncée sur le mode de l’affirmation a le même statut qu’un fait démontré. Ainsi, l’homme n’a jamais marché sur la lune, le 11 septembre a été instigué par la Maison Blanche, Barack Obama est un islamiste né au Kenya, les USA sont dirigés par un groupe de stars du cinéma, de la chanson et du parti Démocrate se livrant compulsivement à la pédophilie, les créationnistes rétablissent enfin la vérité sur les mensonges scientifiques de Darwin, la COVID 19 a été répandue pour tuer en masse les pauvres beaucoup trop nombreux…. Si les mensonges et autres légendes urbaines sont aussi vieux que le langage lui-même, la force de frappe instantanée et illimitée des réseaux sociaux leur confèrent aujourd’hui une influence sans égal et, plus problématique encore, sans contre-pouvoirs. Alors aux 66 millions de procureurs mieux vaudrait substituer 66 millions d’enquêteurs en recherche de vérité. Face aux prestidigitateurs de l’information, aux militants aux obsessions obsessionnelles, aux politiques sans surmoi, aux complotistes pathologiques ; notre naïveté et la passivité de ceux qui devraient répondre participent à affaiblir ce qui fait le fondement de notre démocratie et la possibilité de vivre ensemble : la confiance dans la parole.

Pour vivre heureux, vivez flexible…

L’inédit de la situation que nous impose la crise sanitaire mondiale renforce, plus encore, l’impératif catégorique d’adaptation de notre société hypermoderne. Depuis bien des années maintenant s’adapter est à la fois un mot d’ordre, une injonction, une contrainte, une nécessité, un allant de soi, une ressource... L’adaptation est une capacité ontogénétique si l’on s’en tient aux thèses darwiniennes. S’adapter a donc du sens dès lors qu’il s’agit d’autre chose que d’un mantra…

L’adaptation a sa cheville ouvrière : la flexibilité. Un autre terme qui a fait florès avec le chômage de masse. Ainsi donc la flexibilité est omniprésente : flexibilité du travail, du marché, des activités, des horaires, des revenus, de l’éducation, de l’organisation, des individus… Pas un espace n’échappe à cette vérité révélée qu’est la flexibilité. Elle a de surcroit tous les atouts de la modernité : elle est une solution façon couteau Suisse, elle est branchée (car quoi de plus ringard que de ne pas être flexible ?) en étant érigée au rang de qualité. Le monde du travail a besoin de soft skills, la flexibilité est en pole position. N’est-elle pas désirable, a priori, la flexibilité ? A se pencher sur les différentes définitions du mot, qu’il s’agisse de psychologie, d’économie ou de physique, elle se présente comme une souplesse à toute épreuve : c’est le grand écart de la vie, la sortie perpétuelle de la « zone de confort ». La flexibilité est la plasticité de nos corps et de nos psychismes ; elle est aussi l’adaptation en toutes circonstances ; elle est ce qui permet de se sortir de tout, partout et tout le temps. La flexibilité est d’ailleurs devenue un slogan du développement personnel avec sa formule fétiche : « sortir de sa zone de confort ». Quitter son confort (pardon, sa zone de…) c’est faire preuve de flexibilité. Par-delà les discours positivistes sur les nécessités de sortir de sa « zone de confort », nous ne pouvons exclure qu’ils soient devenus une norme induisant une injonction. Peu a peu, sortir de sa zone de confort semble ne plus relever que de la seule motivation individuelle mais d’un impératif sociétal. Mais finalement est-il si facile d’être flexible, et qui plus est, au bon moment ? Chacun à sa façon buttera plus ou moins sur cette question : comment devenir flexible ? Et à être obnubilés par la question du « comment » devenir flexible, nous pourrions passer à côté d’une autre question : pourquoi est-il normal que d’aspirer à être flexible ? Pour quelles raisons la flexibilité qui est une capacité ordinaire et banale est-elle devenue une norme ? Je suis flexible donc je suis… dira le cogito de l’hypermodernité. La flexibilité comme norme et idéal a aussi son paradoxe qui puise aux racines de sa nature. On vante ses mérites jusqu’à en faire la solution à des problèmes complexes alors même que la flexibilité contient aussi, la mollesse, le principe du fléchissement et l’idée corolaire de perdre en force, en vigueur. Car être flexible c’est épouser le mouvement et non lui opposer une force. C’est ainsi se soumettre volontairement à quelque chose qui le requiert, le demande ou l’exige. Alors quand s’arrête la flexibilité comme qualité nécessaire à la vie quotidienne et où commence la flexibilité comme norme sollicitant notre soumission aussi consentie que dorénavant revendiquée ? Aux appels à la flexibilité tout azimut chacun peut prendre une bonne résolution pour 2021, celle de se laisser être…

Au nom de l’équipe de Convergence, je vous adresse tous nos bons vœux pour cette nouvelle année et, je vous remercie pour votre fidélité de lecteur de cette lettre lancée en juin 2004 !

« Black Friday », noir c’est noir…

Vous n’avez pas pu passer à côté, le « Black Friday » annoncé à grand renfort de communication et de marketing pour son jour fétiche de fin novembre a été reporté de quelques jours. Le voilà donc lui aussi confiné-déconfiné. Le vendredi noir est encensé ou dénoncé chaque année pour des raisons d’ordres multiples : écologiques, idéologiques, politiques… et plus que jamais économiques pour ne pas dire compétitives pour cette édition. Mais avec le « vendredi noir » de quelle noirceur s’agit-il ?...

Venue d’outre atlantique, ce qui est devenue une « tradition » très américaine s’est développée au cours des années 60, et a commencé à s’installer en France (avec son acolyte Halloween), il y quelques années. Là-bas, le « vendredi noir » repose sur une idée et une action simple : foncer dans les magasins, au lendemain de Thanksgiving, pour y faire des économies folles. Du reste, cette journée est aussi nommée « vendredi fou », phénomène qui a, justement, un succès fou, comme le montrent les images de foules en délire, où la civilité est abolie… mais c’était avant la Covid 19. A prix fous, succès fou, mais également folle inquiétude. Car en plus de ces vidéos et photos qui tournent depuis des années sur le sujet, nous pouvons lire de nombreux articles dénonçant, parfois analysant ces scènes de fureur, qui seraient révélatrices des instincts de consommation les plus vils. Une nouvelle pulsion de consommation que Freud n’aurait sûrement pas démentie ! Pour nombre de commentateurs, ce vendredi noir ne serait autre que la mise au jour symbolique d’un système capitaliste devenu fou et d’une planète menacée par nos folles mauvaises habitudes. Ainsi, le « Black Friday », c’est mal et même c’est « le » mal…. Mais pourquoi tant focaliser sur ce phénomène ? Serait-il finalement plus mauvais qu’un autre ?  Plus mauvais que ces foules pressées qui, elles aussi, justifient très bien leur course effrénée, par l’appât du gain, le simple plaisir des bonnes affaires, ou par les lois de ce monde sans pitié. Alors pourquoi tant de passion ? Qu’est-ce qui, dans ce « Black Friday », semble autant fasciner ? Avançons que le « Black Friday » serait comme le condensé, en une journée, en certains lieux, d’un système global économique, politique, écologique qui va mal. Mais mieux qu’un condensé, il serait un révélateur de l’Homme. Révélateur effrayant, inquiétant, affolant de la potentialité et de la virtualité du mal en l’Homme. Cette face obscure, noire qui en une journée, en certains lieux, et à la faveur d’une occasion, se trouve actualisée dans des passages à l’acte d’achats. N’est-ce pas cette « force obscure » qui sous-tend l’essentiel des critiques : une peur de la nature immorale de l’Homme. Le mal, ici incarné et représenté par un « vendredi noir ». Dans ses réflexions sur le mal radical, Kant aboutissait à la conclusion que le mal est une des racines de l’Homme soit de tout homme. Le mal est alors radical, non parce qu’il prend une forme passionnelle extrême, mais parce qu’il est universel. L’illusion est de penser que l’on peut y échapper à regarder les autres s’écharper, se déchaîner, et de penser s’en excepter. Chacun abrite son « Black Friday », l’essentiel est d’être attentif à sa présence chez les autres, en étant tout autant lucide sur le sien. Alors, basculerons-nous du côté de la force obscure ?

L’ignorance librement consentie

Qui n’a pas fait l’expérience d’une commande de livre faite sur le net ? Tellement simple, il suffit d’entrer le titre de l’ouvrage pour le recevoir quelques jours plus tard. Et dans le même temps des suggestions apparaissent lors de nos navigations suivantes : vous avez acheté ceci alors vous aimerez cela. La magie des algorithmes qui modélisent nos comportements et nos goûts opère ! Mais alors que devient le plaisir de trouver ce que l’on ne cherchait pas ? Les tenants de l’algorithme trouveront à argumenter que de liens en liens nous découvrons des lieux inconnus, mieux encore, que des recommandations auxquelles on ne s’attendait pas peuvent nous être proposées. Face à cette logique, il nous reste la voie de la radicalité…

La radicalité serait d’affirmer que l’on ne sait pas que l’on ne sait pas. Soit une vraie position d’ignorance face à la prévisibilité, les réseaux et la modélisation. Trouver ce que l’on ne cherchait pas serait ainsi la voie de l’ouverture, de la découverte et pour le dire savamment, de la sérendipité. Il est bien entendu que l’on sait que l’on ne sait pas tout… et pourtant, la proposition ici va plus loin puisqu’il ne s’agit pas de reprendre la célèbre formule de Socrate : « je sais que je ne sais rien ». Il s’agit d’affirmer : je ne sais pas que je ne sais pas. Le paradoxe n’est pas bien loin. Illustrons avec le livre. Ainsi, je ne sais pas que je peux lire tel ou tel livre car je ne sais pas que tel ou tel livre existe. Je ne connais pas plus l’existence de leurs auteurs. Je peux dire que je sais que je n’ai pas lu Proust parce que je connais l’existence de Proust et de son œuvre, mais que dire de tous ces auteurs et par là, de tous ces livres dont j’ignore l’existence ? Et plus largement, que puis-je dire de toutes ces choses que je ne sais pas alors même que je ne sais pas que je ne sais pas qu’elles existent ? La question devient épineuse, formulons-là ainsi : comment faire pour cultiver son ignorance et trouver ce qu’on ne cherchait pas ? Le propos ici ne consiste pas à défendre l’ignorance en tant que telle et de l’ériger en vertu ; pas plus que ce propos serait une invitation à s’y complaire. Car s’il devait s’agir de se vautrer dans l’ignorance ce serait pour avoir le plaisir d’en être extrait. L’ignorance forme le fond de tout projet de savoir, elle est à l’origine d’une pulsion de savoir qui peut ouvrir au plaisir d’apprendre, de découvrir, d’être surpris. Il s’agit donc de s’y complaire pour avoir le plaisir d’en être éjecté ! Plus que cultiver l’ignorance pour elle-même, il s’agit de cultiver une attitude d’ignorance qui nous rend disponible à l’inconnu…. De cet inconnu qui fait rêver alors même qu’il nous échappe. A l’image de cette expérience que produit en nous un livre qu’on feuillette en librairie, nous l’ouvrons et tombons sur une phrase qui nous interpelle, éveille notre curiosité, entraîne un écho. N’est-ce pas là ce qui se passe avec toute chose que l’on apprend ? Ne pas savoir que l’on ne sait pas est peut-être une idée évidente et banale, mais pas si simple à reconnaître et à accepter. 

Livre du mois

Couverture du livre : La fraternité globale
Photo de l’auteur : <h3>L’auteur</h3> <p>Michel Joli est docteur en médecine, diplômé de l'Ecole supérieure de guerre aérienne. Il a été directeur de cabinet de Haroun Tazieff, en charge de la prévention des risques majeurs. Il a quitté la fonction publique pour cofonder France-libertés, Fondation Danielle Mitterrand et s'engager dans des activités de formation et d'accompagnement d'acteurs de la solidarité internationale. Il est aujourd'hui administrateur de la Fédération Léo Lagrange et de la Fondation France-libertés.</p>

L’auteur

Michel Joli est docteur en médecine, diplômé de l'Ecole supérieure de guerre aérienne. Il a été directeur de cabinet de Haroun Tazieff, en charge de la prévention des risques majeurs. Il a quitté la fonction publique pour cofonder France-libertés, Fondation Danielle Mitterrand et s'engager dans des activités de formation et d'accompagnement d'acteurs de la solidarité internationale. Il est aujourd'hui administrateur de la Fédération Léo Lagrange et de la Fondation France-libertés.

La 4ème de couverture

Dans une perspective darwinienne, l’auteur développe une conception de la fraternité globale comme un acquis de l'évolution, un « bien commun de l'humanité ». C'est la plus ancienne manifestation de l'instinct social qui assure la protection des plus faibles, sans distinction de groupes. A ce titre elle constitue une nécessité absolue pour conserver à la fois la diversité et l'unité de notre espèce. Atout anthropologique majeur, la fraternité constitue en effet la seule caractéristique universelle qui unit tous les humains. En cette période de crise mondiale, l'auteur soutient l'urgence de sortir la fraternité du magasin des accessoires et des idéologies, et de la solliciter dans sa globalité comme un argument (et un outil) essentiel pour nous opposer aux excès du capitalisme. Cet essai politique, philosophique, écologique, documenté et engagé ouvre des pistes de réflexion concrètes pour construire, sur de nouvelles bases, la société de demain.

Notre avis

Avec une approche pluridisciplinaire, l’auteur nous convie à un retour sur nous même autant qu’à un retour à l’essentiel et, s’il n’y a pas de civilisation sans fraternité, ce concept peut faire l’objet d’usages variés et d’instrumentalisations multiples. Un ouvrage dense qui sait montrer qu’un autre futur est possible.

Couverture du livre : Sauver la liberté d'expression
Photo de l’auteur : <h3>L’auteure</h3> <p>Directrice de recherche au CNRS, philosophe, spécialiste de la pensée morale et politique.</p>

L’auteure

Directrice de recherche au CNRS, philosophe, spécialiste de la pensée morale et politique.

La 4ème de couverture

Jusqu'où ? Jusqu'où laisser les apprentis censeurs d'aujourd'hui définir ce qu'on peut dire et ce qu'il faut taire ? Jusqu'où tolérer que défoulements et protestations envahissent le monde numérique ? Jusqu'où supporter que des extrémistes privatisent les règles de la parole, refusent le débat et installent leur hégémonie ? La parole publique est déjà l'objet d'un rapport de forces, elle sera demain l'enjeu d'un conflit. Le temps des injonctions est révolu, il faut désormais résister. La parole fait mal, change le seuil du tolérable et peut même réduire au silence. Il est donc légitime de la limiter, mais au plus près des délits et sans censure préventive. Bien sûr, on peut tout dire, mais pas n'importe comment et à condition de ne pas vouloir être seul à parler. Le concept moderne de liberté d'expression fut forgé entre le xviie et la fin du xviiie siècle. Les outils numériques, le multiculturalisme, la démocratisation de la parole l'ont rendu peu à peu inadéquat pour régler la parole publique. Fidèle à la tradition libérale, ce livre revient sur l'histoire de la liberté d'expression et en renouvelle le sens, comme la garantie de la plus grande diversité de points de vue. Pour la défendre, une philosophie des limites, des concepts sobres, des moyens inventifs seront plus utiles qu'une croisade. Ne pas se lamenter sur l'état des choses, mais combattre pour ne pas nous retrouver un cadenas sur la bouche et une prothèse dans la tête.

Notre avis

En philosophe, l’auteure nous engage à sortir de notre torpeur et d’aiguiser notre vigilance nous rappelant que la liberté, notamment d’expression est bien loin d’être présente en tout point de notre planète et qu’elle reste, là où existe un acquis toujours fragile. Mais le danger ne survient plus seulement là où on l’attend. Une démonstration éclairante.

Couverture du livre : Les nettoyeurs du Web à l'ombre des réseaux sociaux
Photo de l’auteur : <h3>L’auteure</h3> <p>Sarah T. ROBERTS est chercheuse et enseignante en sciences de l’information à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA).</p>

L’auteure

Sarah T. ROBERTS est chercheuse et enseignante en sciences de l’information à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA).

La 4ème de couverture

Employés par des sous-traitants aux quatre coins du monde, les modératrices et modérateurs de contenu sont les travailleurs de l’ombre chargés de purger les sites Internet, les réseaux sociaux et les applications mobiles des photos, vidéos ou commentaires abjects qui les inondent : propos haineux, cyber-harcèlement, injures racistes ou sexistes, automutilations et tortures, viols et décapitations, pédophilie… À travers des dizaines d’entretiens menés avec ces collecteurs de déchets numériques dans les zones rurales de l’Iowa, dans la Silicon Valley, au Canada et aux Philippines, cette enquête met au jour l’économie souterraine d’une industrie dont les coulisses tranchent avec le progressisme revendiqué. À rebours de l’optimisme libertaire des pionniers du Web, le filtrage des torrents de violence, de pornographie et de fiel déversés sur nos écrans s’impose aujourd’hui comme une tâche à la fois indispensable et sisyphéenne. Ses enjeux en termes de réglementation de la liberté d’expression et de délimitation des frontières du dicible et du montrable à l’échelle planétaire restent néanmoins largement ignorés. Alors que les controverses autour des fake news, des discours de haine et du harcèlement en ligne obligent peu à peu les plateformes à rompre l’illusion d’une modération « automatique », Sarah Roberts révèle les conditions de travail des substituts de l’« intelligence artificielle » et les risques psychologiques auxquels sont exposés celles et ceux dont le quotidien connecté consiste à visionner à la chaîne des contenus insoutenables pour que nous n’y soyons pas confrontés.

Notre avis

Une enquête minutieuse et argumentée sur un envers du décor qui va bien au-delà de l’imaginable.

Couverture du livre : Le goût du vrai
Photo de l’auteur : <h3>L’auteur</h3> <p>Professeur à l'École centrale, docteur en philosophie des sciences, Étienne Klein a créé et dirige le Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au Commissariat à l'énergie atomique (CEA).</p>

L’auteur

Professeur à l'École centrale, docteur en philosophie des sciences, Étienne Klein a créé et dirige le Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au Commissariat à l'énergie atomique (CEA).

La 4ème de couverture

La philosophie des Lumières défendait l’idée que la souveraineté d’un peuple libre se heurte à une limite, celle de la vérité, sur laquelle elle ne saurait avoir de prise : les « vérités scientifiques », en particulier, ne relèvent pas d’un vote. La crise sanitaire a toutefois montré avec éclat que nous n’avons guère retenu la leçon, révélant l'ambivalence de notre rapport à la science et le peu de crédit que nous accordons à la rationalité qu’il lui revient d’établir. Lorsque, d'un côté, l’inculture prend le pouvoir, que, de l'autre, l’argument d’autorité écrase tout sur son passage, lorsque la crédibilité de la recherche ploie sous la force de l’événement et de l’opinion, comment garder le goût du vrai - celui de découvrir, d’apprendre, de comprendre ? Quand prendrons-nous enfin sereinement acte de nos connaissances, ne serait-ce que pour mieux vivre dans cette nature dont rien d'absolu ne nous sépare ?

Notre avis

Etienne Klein est aussi un conteur de talent. Il entraine son lecteur dans une réflexion en rendant accessibles les concepts pour penser ce qui nous arrive. Le goût du vrai est un manifeste contre l’ignorance et son danger : le fanatisme.

Couverture du livre : Je suis parce que nous sommes
Photo de l’auteur : <h3>L’auteure</h3> <p>Nancy Huston vit à Paris depuis une quarantaine d’années. Parmi une cinquantaine d’ouvrages, des fiction romanesques et des essais sur la condition féminine, son roman Lignes de faille a mérité en 2006 le prestigieux prix Femina.</p>

L’auteure

Nancy Huston vit à Paris depuis une quarantaine d’années. Parmi une cinquantaine d’ouvrages, des fiction romanesques et des essais sur la condition féminine, son roman Lignes de faille a mérité en 2006 le prestigieux prix Femina.

La 4ème de couverture

Exploitation démesurée de notre planète, domination masculine, prostitution, destruction des espèces, aspiration des puissants à une croissance économique infinie… Nancy Huston livre une réflexion critique et combative sur la réalité d’un monde qui nous dépasse. Elle écrit la plupart de ces chroniques anachroniques durant le printemps 2020, alors qu’elle est confinée en Suisse, loin de Paris où s’est tissée l’histoire de sa vie. Dépassant la stupéfaction et la réaction à chaud face à l’événement, Nancy Huston porte son regard acéré sur la folie de nos sociétés occidentales et sur les contradictions insolubles dans lesquelles nous sommes enferrés. Nancy Huston aime à gratter là où ça fait mal, nous le savions déjà. Avec Je suis parce que nous sommes, on comprend plus que jamais l’objectif qui est le sien : sans relâche interroger, attaquer et historiciser les valeurs et les convictions qui sont les siennes, pour mieux en souligner leur valeur et leur fragilité.

 

Notre avis

La force de ces chroniques est de démontrer à quel point la pensée est mouvante et que les certitudes et les dogmes en sont les écueils à remettre sans cesse en question. Au travers des 18 textes qui composent ce recueil, l’auteure ne cesse de nous rappeler que nous possédons un bien commun, la planète sur laquelle la vie se déploie.

Couverture du livre : La magie de la bienveillance
Photo de l’auteur : <h3>L’auteure</h3> <p>Dina Scherrer est coach certifiée, spécialisée en Pratiques Narratives. Son accompagnement est fondé sur la posture du regard pygmalion, ou « œil d’amour ». Elle suit de nombreux jeunes en difficulté pour les aider à sortir de la spirale de l’échec, ainsi que des personnes travaillant en entreprise pour les aider à se réaliser et s’épanouir.</p>

L’auteure

Dina Scherrer est coach certifiée, spécialisée en Pratiques Narratives. Son accompagnement est fondé sur la posture du regard pygmalion, ou « œil d’amour ». Elle suit de nombreux jeunes en difficulté pour les aider à sortir de la spirale de l’échec, ainsi que des personnes travaillant en entreprise pour les aider à se réaliser et s’épanouir.

La 4ème de couverture

Avez-vous remarqué à quel point le regard que les autres portent sur vous est important ? Un professeur à l’école, une collègue, votre entourage proche... chaque rencontre forge votre identité. Dina Scherrer explore la singularité du regard pygmalion, ce regard bienveillant qui fait grandir et permet de déployer son plein potentiel. Apprenez à poser un regard bienveillant sur votre entourage, grâce à des exercices et des techniques simples. Prenez conscience de vos ressources et de la richesse de votre histoire. Parent, ami, conjoint, manager, collègue... améliorez vos relations et apprenez à désamorcer les conflits. De nombreux témoignages touchants pour découvrir le cercle vertueux du partage et de la solidarité. Et si la bienveillance était le meilleur des remèdes ? 

Notre avis

Avec ce nouvel ouvrage, Dina affirme plus encore sa qualité de praticienne-chercheuse. A partir de sa pratique, elle entraine son lecteur dans une réflexion de fond tout en lui permettant de s’approprier des supports et techniques à expérimenter. Un ouvrage généreux à l’image de son auteur.

Couverture du livre : Thésée, sa vie nouvelle
Photo de l’auteur : <h3>L’auteur</h3> <p>Camille de Toledo est né en 1976 et vit à Berlin. Il est notamment l'auteur de Le Hêtre et le Bouleau, essai sur la tristesse européenne (Seuil, 2009), Vies potentielles (Seuil, 2011), L'Inquiétude d'être au monde (Verdier, 2012) ou plus récemment, Le Livre de la faim et de la soif (Gallimard, 2017).</p>

L’auteur

Camille de Toledo est né en 1976 et vit à Berlin. Il est notamment l'auteur de Le Hêtre et le Bouleau, essai sur la tristesse européenne (Seuil, 2009), Vies potentielles (Seuil, 2011), L'Inquiétude d'être au monde (Verdier, 2012) ou plus récemment, Le Livre de la faim et de la soif (Gallimard, 2017).

La 4ème de couverture

En 2012, Thésée quitte "la ville de l'Ouest" et part vers une vie nouvelle pour fuir le souvenir des siens. Il emporte trois cartons d'archives, laisse tout en vrac et s'embarque dans le dernier train de nuit vers l'Est avec ses enfants. Il va, croit-il, vers la lumière, vers une réinvention. Mais très vite, le passé le rattrape. Thésée s'obstine. Il refuse, en moderne, l'enquête à laquelle son corps le contraint, jusqu'à finalement rouvrir "les fenêtres du temps"...

Notre avis

Un roman au statut bien particulier qui tisse histoire personnelle de l’auteur, fiction du romancier, événements historiques et événements présents qui préfigurent le travail des historiens. La force de ce texte, dans un style propre à son auteur, tient dans son récit qui met en perspective nos « petites » histoires de vie dans la « grande » Histoire de l’humanité. L’auteur sait montrer les fils, souvent invisibles, qui se tissent dans un mouvement singulier d’aller et retour entre l’individu et le groupe. Il questionne la mémoire et ses traces jusque dans le corps. Un bel ouvrage pour qui s’intéresse au travail sur les histoires de vie

Couverture du livre : Ci-gît l’amer : guérir du ressentiment
Photo de l’auteur : <h3>L’auteure</h3> <p>Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, est professeur titulaire de la chaire "Humanités et Santé" au Conservatoire national des arts et métiers. Titulaire de la chaire de "Philosophie à l'Hôpital" du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, elle poursuit ici son travail autour de l'individuation et de l'Etat de droit, entamé avec Les pathologies de la démocratie, La fin du courage, Les irremplaçables et Le soin est un humanisme.</p>

L’auteure

Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, est professeur titulaire de la chaire "Humanités et Santé" au Conservatoire national des arts et métiers. Titulaire de la chaire de "Philosophie à l'Hôpital" du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, elle poursuit ici son travail autour de l'individuation et de l'Etat de droit, entamé avec Les pathologies de la démocratie, La fin du courage, Les irremplaçables et Le soin est un humanisme.

4ème de couverture

La philosophie politique et la psychanalyse ont en partage un problème essentiel à la vie des hommes et des sociétés, ce mécontentement sourd qui gangrène leur existence. Certes, l'objet de l'analyse reste la quête des origines, la compréhension de l'être intime, de ses manquements, de ses troubles et de ses désirs. Seulement il existe ce moment où savoir ne suffit pas à guérir, à calmer, à apaiser. Pour cela, il faut dépasser la peine, la colère, le deuil, le renoncement et, de façon plus exemplaire, le ressentiment, cette amertume qui peut avoir notre peau alors même que nous pourrions découvrir son goût subtil et libérateur. L'aventure démocratique propose elle aussi la confrontation avec la rumination victimaire. La question du bon gouvernement peut s'effacer devant celle-ci : que faire, à quelque niveau que ce soit, institutionnel ou non, pour que cette entité démocratique sache endiguer la pulsion « ressentimiste », la seule à pouvoir menacer sa durabilité ? Nous voilà, individus et État de droit, devant un même défi : diagnostiquer le ressentiment, sa force sombre, et résister à la tentation d'en faire le moteur des histoires individuelles et collectives. 

Notre avis

Un essai qui s’affranchit d’un discours commun et convenu pour aborder la complexité des phénomènes relevant de la psychologie, de la sociologie et de leurs incidences dans la gouvernance et la démocratie. C’est en philosophe que le sujet est traité par l’auteure qui a le souci de se faire comprendre et développe ses thèmes à « hauteur d’homme ». Un essai interpellant, l’auteure a su trouver le moyen de dialoguer avec son lecteur, de le faire cheminer.

Ouvrages

Photo de Philippe BIGOT
Philippe BIGOT
Photo de Fabienne BERNARD
Fabienne BERNARD
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Emilie DEVIENNE
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Roland GORI
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Emmanuel GRATTON
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Reine-Marie HALBOUT
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De la résolution de problème à la construction de solution – Philippe Bigot
Conférence organisée par le Réseau des Formateurs UGS, qui a eu lieu le 16 novembre 2013 et qui avait pour thème "Le Coaching Orienté Solution" : le « coaching orienté solution® » est un modèle qui s'appuie sur une vision originale du changement individuel et collectif et oriente une pratique. Sur quoi se fonde cette pratique ? Qu'implique-t-elle pour l'accompagnant ? Quels enjeux et quels moments clés de la démarche ?

Philippe Bigot aborde ici les principaux postulats de sa méthode.

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Moins de travail qu'avant, mais plus de stress

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La société malade de la gestion

La société malade de la gestion : conférence de Vincent DE GAULEJAC Sous une apparence pragmatique, la gestion constitue une idéologie qui légitime la guerre économique, l'obsession du rendement financier et qui est largement responsable de la crise actuelle. La culture de la performance et de la compétition met tout le monde sous haute pression : épuisement professionnel, stress, suicides au travail.

Vincent de Gaulejac - Travail les raisons de la colère

Vincent de Gaulejac, directeur du laboratoire de changement social à l'Université Paris 7 Denis-Diderot, auteur de Travail, les raisons de la colère (Editions du Seuil, paru le 3 mars 2011), est l’invité d’Audrey Pulvar dans le 6/7 de France Inter (6h50 - 22 mars 2011).

La société malade de la gestion

Rencontres et débats autrement - 1er juillet 2009 - Café du Pont neuf - Vincent de Gaulejac, directeur du Laboratoire de changement social, sociologue, clinicien et auteur d'une quinzaine d'ouvrages dont LA SOCIÉTÉ MALADE DE LA GESTION, paru en livre de poche aux éditions du SEUIL en mars 2009.

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pour plus d'informations consultez le site: //www.travailler-mieux.gouv.fr et //mars-lab.com/

LE SUICIDE AU TRAVAIL - Entretien avec Christophe Dejours dans la Nuit de la Cogip (extrait)

Extrait du film "Le Travail Aujourd'hui: Bilan et Perspectives", un entretien très intéressant et très sérieux de Nicolas & Bruno avec Christophe Dejours (Psychiatre, psychanalyste, professeur au CNAM et Directeur du Laboratoire de psychologie du travail et de l'action), diffusé dans La Nuit de la Cogip sur Canal+. 26 minutes d'entretien illustré de Messages à Caractère Informatif.

Christophe Dejours stress au travail / 1er partie

Intervention de Christophe DEJOURS, médecin-psychiatre, professeur au CNAM : introduction à l’analyse des problèmes de santé au travail.
Rendez-vous d’automne de l'ANM, Association Nationale des Médiateurs. Au Palais Bourbon le 24 octobre 2008

Christophe Dejours stress au travail / 2° partie

Intervention de Christophe DEJOURS, médecin-psychiatre, professeur au CNAM : introduction à l’analyse des problèmes de santé au travail.
Rendez-vous d’automne de l'ANM, Association Nationale des Médiateurs. Au Palais Bourbon le 24 octobre 2008

La mise à mort du travail - france inter

Christophe Nick, producteur de la série documentaire « La mise à mort du travail » et Paul Moreira, co-auteur avec Hubert Prolongeau de « Travailler à en mourir : quand le monde de l'entreprise mène au suicide » étaient les invités de Pascale Clark dans Comme on nous parle sur France Inter (09h35 - 26 Octobre 2009).

J'ai mal au travail ! - France Inter

Alain Le Gouguec reçoit dans le 7/10 de France Inter, Danièle Linhart, sociologue du travail, directrice de recherche au CNRS et Marie Pezé, psychanalyste (08h20 - 30 Octobre 2009).

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