Édito du mois

De l’ignorance et du savoir…

Qui n’a pas fait l’expérience d’une commande de livre faite sur le net ? Tellement simple, il suffit d’entrer le titre de l’ouvrage pour le recevoir quelques jours plus tard. Et dans le même temps des suggestions apparaissent lors de nos navigations suivantes : vous avez acheté ceci alors vous aimerez cela. La magie des algorithmes qui modélisent nos comportements et nos goûts opère ! Mais alors que devient le plaisir de trouver ce que l’on ne cherchait pas ? Les tenants de l’algorithme trouveront à argumenter que de liens en liens nous découvrons des lieux inconnus, mieux encore, que des recommandations auxquelles on ne s’attendait pas peuvent nous être proposées. Face à cette logique, il nous reste la voie de la radicalité…

La radicalité serait d’affirmer que l’on ne sait pas que l’on ne sait pas. Soit une vraie position d’ignorance face à la prévisibilité, les réseaux et la modélisation. Trouver ce que l’on ne cherchait pas serait ainsi la voie de l’ouverture, de la découverte et pour le dire savamment, de la sérendipité. Il est bien entendu que l’on sait que l’on ne sait pas tout… et pourtant, la proposition ici va plus loin puisqu’il ne s’agit pas de reprendre la célèbre formule de Socrate : « je sais que je ne sais rien ». Il s’agit d’affirmer : je ne sais pas que je ne sais pas. Le paradoxe n’est pas bien loin. Illustrons avec le livre. Ainsi, je ne sais pas que je peux lire tel ou tel livre car je ne sais pas que tel ou tel livre existe. Je ne connais pas plus l’existence de leurs auteurs. Je peux dire que je sais que je n’ai pas lu Proust parce que je connais l’existence de Proust et de son œuvre, mais que dire de tous ces auteurs et par là, de tous ces livres dont j’ignore l’existence ? Et plus largement, que puis-je dire de toutes ces choses que je ne sais pas alors même que je ne sais pas qu’elles existent ? La question devient épineuse, formulons-là ainsi : comment faire pour cultiver son ignorance et trouver ce qu’on ne cherchait pas ? Le propos ici ne consiste pas à défendre l’ignorance en tant que telle et de l’ériger en vertu ; pas plus que ce propos serait une invitation à s’y complaire. Car s’il devait s’agir de se vautrer dans l’ignorance ce serait pour avoir le plaisir d’en être extrait. L’ignorance forme le fond de tout projet de savoir, elle est à l’origine d’une pulsion de savoir qui peut ouvrir au plaisir d’apprendre, de découvrir, d’être surpris. Il s’agit donc de s’y complaire pour avoir le plaisir d’en être éjecté ! Plus que cultiver l’ignorance pour elle-même, il s’agit de cultiver une attitude d’ignorance qui nous rend disponible à l’inconnu…. De cet inconnu qui fait rêver alors même qu’il nous échappe. A l’image de cette expérience que produit en nous un livre qu’on feuillette en librairie, nous l’ouvrons et tombons sur une phrase qui nous interpelle, éveille notre curiosité, entraîne un écho. N’est-ce pas là ce qui se passe avec toute chose que l’on apprend ? Ne pas savoir que l’on ne sait pas est peut-être une idée évidente et banale, mais pas si simple à reconnaître et à accepter.

Communiquer n’est pas parler…

Les champs de la parole et ceux de la communication en viennent à se resserrer et parfois, à se confondre. La langue et les formes de langage se transforment au fil du temps et s’imprègnent des tendances du moment. La langue est du côté du vivant, les mots eux-mêmes « font leur vie ». Rabattre la fonction de la parole à la seule fonction communicationnelle du langage n’est pas sans effet pour les êtres parlant que nous sommes. L’irruption du langage informatique dans le langage de tous les jours est un phénomène qui alimente la confusion entre parler et communiquer.

Bien que le phénomène ne soit pas récent et qu’il ait pu impliquer d’autres champs, nous pouvons observer que notre langue quotidienne s’est informatisée ces temps derniers. De plus en plus de mots du champ lexical de la machine, des ordinateurs, ou, de l’informatique de manière plus générale ont envahi notre langage. Ainsi, les modes de pensées et leurs prémices sont devenus des « logiciels », changer de logiciel venant alors signifier le « remplacement » d’un mode de pensée. Les rendez-vous ne sont plus définis mais nous voilà programmés : « vous êtes programmé pour lundi 16h00 », il n’est donc plus question de planifier un horaire mais de programmer la personne. Une pensée obsessionnelle tourne aujourd’hui « en fond d’écran ». A cela viennent s’ajouter toutes les attitudes et comportements qualifiés de « en mode de » se disant « je suis en mode… » ; mode désignant bien souvent une fonction informatisée ou numérisée, de celles dont regorgent nos téléphones.  J’entendais récemment quelqu’un dire qu’il se mettait en « mode silencieux » durant toute la réunion… Effet de langage ? Métaphore pour ne dire explicitement quelque chose ? Trait d’humour dans la formulation ? Autrement dit, est-ce là un phénomène banal ou y a-t-il des effets plus profonds à ce phénomène ? Le déplacement d’un registre du langage, ici informatique, au registre de la langue entraine une confusion entre communiquer et parler. Le langage est alors ramené à une seule fonction de code et ainsi d’information. Le langage est la faculté de parler une langue là où, communiquer vise à échanger des informations, parler c’est trouver son chemin particulier et singulier dans un ordre du langage qui préexistait bien avant notre naissance et permettait même que nous soyons « parlés » avant notre arrivée ! Parler est une façon pour chacun de faire vivre une fonction symbolique que permet le langage, et, qui fonde la nature de l’humanité. Dans l’ordre du langage, chaque langue est une vision du monde comme le souligne le philosophe Souleymane Bachir Diagne. Alors si nous communiquons pour échanger des informations, nous ne saurions nous réduire à la seule fonction d’émetteur et de récepteur. Or, à l’heure où la performance est le leitmotiv et pas uniquement dans le monde du travail mais dans le quotidien ; il y a une cohérence à ce que chacun cherche en permanence à gagner en efficacité et en rapidité, à la manière de nos machines et logiciels qui « process » et « automatisent ». Alors que l’informatique est synonyme d’efficacité, de rapidité, de pragmatisme, il est probable que son langage s’immisce dans nos discours pas seulement pour faire moderne, mais parce que ça redéfinit notre rapport au temps que d’utiliser des sigles ou des mots techniques ou informatiques. Un langage pour être toujours plus efficace et dans un gain de temps lui aussi gage d’efficacité. Et la question demeure : pourquoi ?

La loi du plus fort...

Les étudiants de « business school » apprennent que la compétition dirige le monde puisqu’elle serait dans la nature même de l’Homme. Ainsi chacun serait mû par son intérêt propre, et, nous serions naturellement portés à considérer notre semblable comme un compétiteur voire un adversaire. Cette idéologie s’est imposée comme évidence dès lors qu’elle a été essentialisée. Dans le monde végétal, les recherches récentes des scientifiques compilées avec des découvertes plus anciennes démontrent que la sélection naturelle encourage les organismes qui sont de bons partenaires, les uns pour les autres. Alors, la coopération avec les autres peut elle être plus bénéfique que la loi du plus fort ?

Une réponse positive est désormais avancée pour le monde des végétaux. Depuis quatre cents millions d’années, ils survivent grâce à des stratégies d’entraide via un réseau mycorhizien complexe résultat de l’association symbiotique entre les racines des arbres colonisés par un même champignon. Cet immense système souterrain permet aux arbres de partager des ressources nutritives et de développer une meilleure résistance. Cette symbiose comme forme de coopération a permis aux arbres de faire front même si leur devenir est désormais en danger. Après avoir résisté à la disparition des dinosaures, à l’effondrement de la biodiversité du crétacé, ils doivent désormais faire face à un défi d’une nouvelle ampleur : le réchauffement climatique dont une des caractéristiques est son extrême rapidité. Et si pour l’heure les arbres plient, ils ne rompent pas. Une partie de la communauté scientifique oscille entre les « exagérément optimistes » et les « excessivement pessimistes ». La grande majorité des scientifiques parient sur une capacité des arbres à s’adapter qui serait bien supérieure à celle des humains. La coopération pourrait-elle faire la différence ? S’il n’est possible d’avancer une réponse certaine à cette question, il apparait que la loi du plus fort qui s’exerce à l’endroit de la planète nous démontre chaque jour un peu plus, qu’elle nous entraine dans le mur. Une loi du plus fort qui sait aussi faire retentir le bruit des bottes pour nier l’existence de « l’autre ». Dès lors que nous partageons une même planète et, que nos besoins fondamentaux sont les mêmes, la coopération apparait comme l’option la plus évidente lorsqu’il s’agit de laisser vivre « le tout » et « le tous ». Dans le monde des humains, si la Loi a comme fonction de contenir « la loi du plus fort », coopérer semble bien être la meilleure force à opposer à « la loi du plus fort ».

27 avril 2022

C’est la date fixée pour l’exécution de Mélissa dans la prison de Gatesville au Texas. D’origine hispanique vivant au Texas, elle a vécu dans la pauvreté avec ses quatorze enfants. Fréquemment battue par ses différents compagnons, elle a déménagé a de multiples reprises passant de logements insalubres en logements insalubres, nourrissant ses enfants avec des aides alimentaires, vivant d’expédients. Mélissa consommait des stupéfiants. Mariah sa dernière fille, alors âgée de deux ans, est retrouvée morte dans leur logement d’alors par l’une des filles de Mélissa. Cette dernière appelle les secours et la police ne tarde pas à arriver. Pour les policiers les évidences s’imposent vite. Mélissa est arrêtée à la fin de la journée même, soumise à interrogation le soir même, et durant une longue partie de la nuit au cours de laquelle, les premières conclusions du médecin légiste seront communiquées...

Mariah a subi tout au long de sa courte vie, une maltraitance physique dont témoignent contusions multiples et différentes fractures consolidées. Mélissa avouera alors, avoir tué sa fille. L’interrogatoire a été filmé par la police. Mélissa va être jugée pour infanticide. L’avocat qui la représentera l’enjoint à plaider coupable. Elle refusera et veut dire sa vérité qui n’est pas celle de la police. Elle fait confiance dans la justice de l’Etat, de son pays. Elle sera condamnée à mort au terme d’un procès expédié, et d’une défense inexistante. Mélissa entre dans la liste des femmes condamnées à la peine capitale, au Texas. Une avocate engagée reprend le dossier de Mélissa qui accepte, pour faire appel de la décision. L’inespéré se produit, les juges décident d’un nouveau procès - et ainsi de nouvelles investigations et enquêtes - considérant qu’il était manifeste que Mélissa n’avait pas bénéficié d’un procès équitable, les juges statuant même sa libération immédiate. L’invraisemblable se présente aussitôt : l’Etat du Texas conteste la décision des juges et, fait appel. Avec une majorité divisée, les juges annuleront la décision de leurs confrères et confirment la peine de mort ; Mélissa reste donc dans le couloir de la mort. Une journaliste et réalisatrice française, Sabrina Van Tassel mène un projet documentaire dans la prison de Gatesville sur la vie carcérale des femmes. Elle rencontre Mélissa et, va être bouleversée par cette femme et son histoire. Le projet documentaire se transforme immédiatement, et, la journaliste mène l’enquête ; celle que la police n’a pas mené ; celle que la dernière avocate de Mélissa a mené. Journaliste et avocate ne se connaissent pas encore. Elles vont établir les mêmes faits, démontrer qu’il est très improbable que Mélissa ait tué sa fille. Et même, qu’elle l’ait maltraité. Les actions de l’avocate jusqu’à la cour suprême seront vaines, la cour refusera d’examiner le dossier. Le documentaire de Sabrina Van Tassel intitulé « L’Etat du Texas contre Mélissa » montre et démontre tous les éléments qui n’ont pas figuré au dossier, les témoins écartés, les faits qui n’allaient pas dans le sens de l’infanticide. Le document intègre la vidéo réalisée par la police durant l’interrogatoire de Mélissa, jusqu’aux aveux. Une séquence typique d’obtention des aveux. Le documentaire a touché, rencontré un public large dans de nombreux pays. Des personnes, des collectifs se mobilisent. Car les motifs d’indignation ne manquent pas face à cette affaire : la peine de mort comme « barbarie rendue au nom de la justice » pour reprendre les termes de Robert Badinter ; la peine de mort dont les statistiques judiciaires démontrent qu’elle tue des innocents condamnés à tort par des juges ; la construction d’une coupable idéale au crime révoltant : tuer son propre enfant ; une affaire vite « résolue » par la police le jour même, le refus de l’Etat du Texas de rouvrir le procès : quelle menace représente cette femme pour que l’Etat se mobilise autant pour son exécution ? Et, il est une autre indignation qui émerge en mettant en perspective des événements concomitant et sans rapport.  Toujours au Texas, il y a quelques semaines, les pressions qu’exercent des groupes de parents (souvent des « ultra » quelque chose) auprès des établissements scolaires et des enseignants ont abouti. Ces parents veulent que leurs enfants ne soient pas influencés par « théories dominantes » enseignées à l’école. Des parents aussi déterminés que radicalisés ont pu obtenir du lycée et des enseignants que des « vérités alternatives » soient désormais enseignées en réponse aux « théories dominantes ». La réalité des faits est cinglante et implique en l’espèce, que les enseignants en histoire devront dans ce lycée, enseigner des « vérités alternatives » lorsqu’ils enseigneront la Shoah. Des « vérités alternatives » dont la nature est bien connue. Mélissa quant à elle est déterminée par une seule vérité qui la condamne à la mort. L’Etat du Texas ne connait qu’une vérité, la sienne. Il refuse toute « alternative » à la vérité d’un procès pourtant reconnu bâclé par des juges. A l’école, les pseudo-vérités peuvent coexister (jusqu’à quand ?) avec le savoir et les faits historiques et scientifiques. Dans les tribunaux, une seule vérité même établie comme douteuse ne peut être révisée quand bien même la vie d’une femme est en jeu. Ainsi, la vérité historique de la solution finale devra être débattue là où, la vérité de quelques juges serait si infaillible qu’elle n’ouvre pas même, au débat. Cette lutte entre faits scientifiques et « vérités alternatives » n’a rien de nouveau là-bas aux Etats-Unis, comme ici en Europe. Cette lutte a pris depuis quelques années des dimensions qui doivent nous alerter, nous préoccuper. L’affaire judicaire de Mélissa est aussi le symptôme de cette lutte, et, sa vie est dorénavant hypothéquée. Ces combats idéologiques entre « vérités » n’ont rien d’anodin. Ils sont féroces. Ils tuent et tueront le 27 avril 2022 dans la prison de Gatesville au Texas.

Ultracrépidarianisme

Voici un terme bien difficile à prononcer autant qu’à mémoriser. Pourtant ce qu’il désigne semble s’être solidement installé dans le paysage. L’actualité sanitaire depuis deux ans et les réseaux sociaux ont manifestement fait éclore un phénomène, un comportement qui n’a pourtant rien de bien nouveau. Le changement réside bien plus dans l’ampleur du phénomène. Ce mot compliqué, « ultracrépidarianisme », désigne l’action de parler, de donner un avis sur des sujets pour lesquels nous n’avons pas de compétences. Qui ne s’est jamais retrouvé en situation de donner son avis sur un sujet dont il ignore à peu près tout. Que celui-là jette donc la première pierre ! La nouveauté, c’est le bon en avant que les réseaux sociaux permettent transformant celles et ceux qui s’y autorisent à devenir des spécialistes sur tout et par là surtout des spécialistes…

Très typique de ce phénomène que la pandémie aura encouragé sont les messages sur les réseaux sociaux de personnes qui les commençaient par « je ne suis pas médecin mais… » et se poursuivaient pas une série d’affirmation qui se voulaient appartenir au registre des savoirs. Dans la phrase, le « mais » faisant alors fonction de voiture balai de l’ultracrépidarianisme. Un mot qui provient d’une locution latine « Sutor ne supra crepidam », qui signifie « Cordonnier, pas plus haut que la sandale ! » et se traduisant par un « limite-toi à parler de ce que tu connais vraiment ». Le terreau de l’ultracrépidarianisme n’est autre que l’ignorance. Cette ignorance qui en chacun forme le fond de tout projet de savoir. Mais ici l’ignorance ne se transformant pas (ou plus) en quête, la « pulsion de savoir » est alors convertie en un travestissement qui cherche à faire passer des affirmations individuelles en des savoirs acquis auprès de « sources fiables et autorisées ». Un comportement qui avait déjà été repéré par Charles DARWIN pour qui « l’ignorance engendre plus fréquemment la confiance en soi que ne le fait la connaissance ». Un constat qui saisit la nature même de l’ultracrépidarianisme ! L’excès de confiance et la force de l’affirmation étant alors proportionnelles à l’ignorance dans laquelle se tient celui qui parle. Un phénomène qui serait comique à l’échelle individuelle mais peut prendre des allures catastrophiques lorsqu’il prend une dimension collective. L’enjeu devient alors crucial puisqu’il met à l’épreuve rien moins que le statut du savoir. L’ultracrépidarianisme n’est autre chose qu’un tour de prestidigitation sur le savoir donnant l’illusion d’une (toute) puissance que « savoir » pourrait procurer. Dans son Faust, Goethe ne dit pas autre chose lorsqu’il affirme que « tout savoir est un pouvoir ». Un des remèdes à l’ultracrépidarianisme semble donc bien être la confiance en l’autre, la confiance dans ce que les autres savent et dont j’ignore tout ou presque, la confiance en un autre que moi-même…. Un programme commun pour 2022 ?

Le lien et ses fantômes…

D’ici peu, chacun aura son « ghost » et son « ghosté» ! Le ghosting est la nouvelle donne relationnelle qui s’est développée au Etats-Unis et, le phénomène fait son lit hexagonal. Le ghosting est le fait de mettre fin à une relation amoureuse, mais aussi amicale ou familiale, et désormais professionnelle, en ne donnant plus aucune nouvelle à la personne concernée. Plus de réponses aux appels reçus, plus d’appels, rien de rien. Entre les rencontres en ligne et l’usage des messageries instantanées, le phénomène ressemble bien à un marqueur de la société dans laquelle nous vivons. Tentons un pas de côté. De quoi « ghosting » est-il le nom ? 

Une version contemporaine de la « lâcheté » qui fait que l’on ne rompt plus, mais où on « joue aux fantômes » et on se « contente de disparaître ». A l’évidence, le ghosting est une pratique vivement condamnée par quiconque l’a vécu. L’absence d’explications, de signes de vie, et tout simplement, l’expérience de l’absence en tant que telle, brute, sans aucun angle arrondi, peut faire basculer tout un chacun dans le désespoir. Pourtant, cette condamnation unanime empêche de voir le possible bénéfice de cet acte violent qui n’est autre que l’indépendance dont chacun peut faire preuve, sans avoir à se justifier et sans imposer à l’autre des arguments fumeux. On peut voir dans le « ghosting » une lâcheté, mais paradoxalement, n’y a-t-il pas aussi une forme de courage à se passer du regard de l’autre, à prendre le risque et à assumer même d’être désapprouvé, haï ? Ne peut-on pas envisagé également une forme d’honnêteté vis-à-vis de soi et de la personne quittée : non, je te quitte et je n’ai rien à en dire, ni banalités ni monstruosités ? Certains peuvent trouver une libération dans ce simple fait de disparaître, sans crier gare, sans devoir rien à personne, sans tenter de trouver en soi, par une introspection longue et pénible, les raisons, souvent indicibles ou fabriquées, de l’ennui et du désamour. Rompre le lien est encore une façon de parler du lien et, la façon de rompre le lien évoque sans doute, les nouages par lesquels le lien s’est tissé.  Difficile de ne pas penser à la violence du ghosting, de la forme radicale qui en est sa caractéristique. Mais la violence ne procède t’elle pas de la rupture elle-même ? Pourquoi faudrait-il adoucir les angles et trouver des explications ? Que peut-on justifier, c’est-à-dire rendre juste, que peut-on raisonner, c’est-à-dire rendre raisonnable, dans ce qui dépasse l’entendement et la justice ? Le ressort du « ghosteur » se situe là pourquoi rendre les choses propres ? Au fond, le problème n’est-il pas là ? pas dans le fait qu’il y ait des règles, des usages, de la politesse, du respect, et qu’on les bafoue, mais dans cette idée que tout, même le pire, à savoir rompre, disparaître, anéantir une relation, doive avoir une raison, une cause, une justification, une explication, et se laver ainsi de tout soupçon. Et, étrangement, l’ère du soupçon qui ne se nourrit que de cela, ne supporte pas qu’il en reste entrainant alors, la fin dans un mouvement infini…

D’Uber dans les épinards…

Le phénomène n’est pas nouveau, le nom d’une marque qui devient un verbe, un adjectif et se glisse, en contrebande, dans la langue se transformant dans le même temps, en concept. Nous connaissons bien le phénomène avec le « Frigidaire » ou la « mobylette ». Et, il en va ainsi avec Uber. On parle de travail « ubérisé » ou encore d’ubérisation du marché.

« Ubérisation » est désormais le nom des services dont l’activité est régulée par des algorithmes et, dont le fonctionnement est géré et même « managé » par des plates-formes, des sites et des applications. Ainsi donc, telle personne loue son appartement avec « Airbnb » quand elle a besoin d’argent, une autre fait des livraisons à vélo dans Paris, une autre est chauffeur VTC, un autre encore exécute des micro-tâches sous la forme de petits jobs dénichés sur une plate-forme spécialisée. Tous sont plus ou moins entrepreneurs alors que parallèlement l’entreprise traditionnelle pourrait tendre à disparaitre de cette configuration. Cette ubérisation inquiète en premier lieu les « petits patrons » (formule en vigueur dans les médias) et artisans « old school » façon chauffeurs de taxi. Car contrairement à Twitter, Google ou Facebook, Uber ne créait pas un usage supplémentaire, il vient se substituer à un marché déjà existant, le tout en s’abstrayant des règles de fonctionnement du marché et s’optimisant fiscalement. Entendez sans payer d’impôts. Les acteurs sont alors mis dans l’impossibilité de réagir et d’agir, sauf à passer à l’acte. Cette forme de travail complètement dérégulée est diversement appréciée, y compris par les travailleurs eux-mêmes. Lovée dans un storylling enchanteur, ces formes nouvelles du travail ont comme particularité de faire croire à ces travailleurs qu’ils sont indépendants et donc libres. Qu’ils vont pouvoir travailler à leur gré ; quand ils en ont envie ou encore lorsqu’ils en ont besoin. Les formules publicitaires misent sur la fibre entrepreneuriale à une époque où embauche salariale rime bien souvent avec CDD. « Envie d’entreprendre, devenez chauffeur… » autant de slogans de la marque Uber pour dire à quel point il est formidable d’être entrepreneur de soi. Sauf que d’indépendance il n’y en a guère car l’Uber travailleur a les pieds et poings liés à la plate-forme ou à l’application qui l’alimente en « job » et le commande sans vergogne. En même temps, il ploie sous les contraintes de l’entrepreneur. En somme, les inconvénients de l’entrepreneur ajoutés aux inconvénients d’un lien de subordination qui ne dit pas son nom ; sans les avantages d’aucune de ces formules. Quant à la liberté, elle a un goût de servitude volontaire. Le travail Ubérisé a tous les attributs du travail « low cost » ; ils sont bien nombreux ceux qui voulurent mettre d’Uber dans les épinards et ont terminé sur un arrière-goût de margarine. L’intuition de Coluche reste d’actualité : « quand on pense qu'il suffirait que les gens n'achètent plus pour que ça ne se vende pas ! »

Une illusion qui a de l’avenir

A l’orée de quelques élections à venir, l’adéquation entre ce qui est dit et fait par les prétendants est un sujet qui reprendra son actualité… Alors que la répétition est inscrite dans l’action des hommes, nous reverrons sûrement refleurir une vertu que les uns et les autres revendiqueront : la transparence. Rien de bien nouveau d’autant que les effets délétères, d’une transparence revendiquée depuis une position d’imposture sont maintenant bien connus. La transparence est ainsi un concept explosif depuis qu’il est devenu un impératif, un crédo, une « valeur » qui s’est transformé en norme : la transparence est un devoir pour les acteurs de la scène publique. Alors que chacun s’accorde à penser que le faux est haïssable et le vrai désirable, nous ne pourrions que nous réjouir à l’idée d’un plus de transparence entendue comme plus de vérité. Mais la transparence porte une force obscure lorsqu’elle est érigée en idéologie…

Une certaine idéologie fait de la transparence l’alpha et l’oméga du bien commun, cette même idéologie qui promeut la norme et le contrôle. Quitte à faire fi, d’un réel toujours complexe aux allures d’un défilé du vice au bras de la vertu pour reprendre la formule de Chateaubriand à propos de Talleyrand et de Fouché… L’idéologie de la transparence implique un toujours plus de savoir. En savoir toujours plus sur chacun, faute de tout savoir sur tout le monde. Quelques scientistes fanatiques œuvrent à la prédictibilité des comportements humains. La conviction que la transparence serait désormais rendue possible par des outils performants d’évaluation animés par des algorithmes par nature objectifs comme chacun sait. Des outils qui seraient les garants d’un monde meilleur qui se donne à voir grandeur nature du côté de la Chine et de ses systèmes de surveillance, de contrôle qui cherchent à donner « tout à voir » …. Progressivement la transparence s’invite dans les domaines de notre vie sociale, de l’entreprise à la rue, en passant par l’hôpital et l’école. Au nom de la transparence et du bien vivre ensemble, quelques savants de l’Inserm avaient imaginé, il y a quelques années, de rendre « transparentes » les conduites prédélinquantes dès la crèche… Les mêmes souhaitant d’ailleurs que les lumières de la transparence aillent jusqu’aux cabinets et divans des psys. La transparence, c’est aussi inviter chacun ôter à la vérité ses derniers voiles. L’intime se montre toujours plus à la télé et sur internet, on s’épanche sans vergogne à la radio. On écoute, on raconte, on s’exhibe, on traque le mensonge ou la révélation. L’heure est aux affirmations d’un mensonge systématique dans ce qui est dit pour mieux faire éclater la vérité que quelques puissances cacheraient. Façon de dire qu’une pensée de type paranoïaque et un fantasme de transparence forment un couple diabolique. Étrange confessionnal médiatique où au prêtre silencieux et discret s’est substituée la foule téléspectatrice avide et bavarde. Présentateurs et journalistes en quête d’audience se sont mis « au parler vrai » lequel ne fait qu’aboutir à la langue de bois. On est enfin soi-même lorsque l’anonymat est rompu… Car la vérité est désormais à la portée du premier venu puisque la transparence est maintenant devenue réductible au visible. Les dérives du discours qui fonde la transparence ne datent pas d’hier. Le magnifique film « La vie des autres » rappelle si besoin que les régimes totalitaires en prônent traditionnellement les bienfaits. On fait un discours neuf avec des mots anciens – et les maux restent les mêmes. La tentation totalitaire revenant sur le devant de la scène, son symptôme qu’est la transparence ne pourra que s’amplifier. Freud a montré que « le Moi n’est pas maître en sa propre maison ». Pour ce dernier, nos inconscients se chargent d’organiser nos vies psychiques et en conséquence, nul ne saurait être transparent à lui-même. Il faudra faire avec et la débusquer, la transparence est une illusion qui ne manque pas d’avenir…

Livre du mois

Couverture du livre : Le gouvernement des émotions
Photo de l’auteur : <p>Agrégé et docteur en philosophie, Pierre Le Coz est professeur de philosophie à l'UFR de sciences médicales et paramédicales de Marseille.</p> <h4><strong>Il sera présent lors de la journée des Rencontres du coaching le vendredi 01 juillet 2022 à Toulon pour une plénière d'ouverture : </strong></h4> <h4><strong>L’individualisme consacre-t-il la faillite de l’éthique et du collectif ?</strong><strong></strong></h4> <p>Membre de l'Académie nationale de médecine, il a été membre puis vice-président du comité consultatif national d'éthique (CCNE) de 2008 à 2012. Il a présidé le comité de déontologie et de prévention des conflits d'intérêts de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) de 2011 à 2020. En avril 2021, il a été élu membre du comité Ethique et Cancer de la Ligue contre le cancer.</p>

Agrégé et docteur en philosophie, Pierre Le Coz est professeur de philosophie à l'UFR de sciences médicales et paramédicales de Marseille.

Il sera présent lors de la journée des Rencontres du coaching le vendredi 01 juillet 2022 à Toulon pour une plénière d'ouverture : 

L’individualisme consacre-t-il la faillite de l’éthique et du collectif ?

Membre de l'Académie nationale de médecine, il a été membre puis vice-président du comité consultatif national d'éthique (CCNE) de 2008 à 2012. Il a présidé le comité de déontologie et de prévention des conflits d'intérêts de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) de 2011 à 2020. En avril 2021, il a été élu membre du comité Ethique et Cancer de la Ligue contre le cancer.

Polémiques, faits divers, téléréalité… Partout, c’est l’émotion qui triomphe. Le pouvoir médiatique fait vibrer la corde sensible au rythme de stimulations sonores et visuelles qui produisent une véritable fièvre émotionnelle. Le pouvoir politique joue sur les mêmes ressorts.

Pierre Le Coz plaide en faveur d’un rationalisme critique qui mette à jour les rouages des stratégies manipulatrices. Avec cet essai, il apporte une réflexion salutaire pour déjouer les oppositions simplistes et restaurer la complexité des débats de société.

Notre avis

L’émotion est le cheval de Troie de la manipulation dont la débauche d'incitations à l’adhésion plutôt qu'à la réflexion soulève des enjeux éthiques majeurs. L’auteur apporte de nombreuses clés de lecture et de réflexion.

 

Couverture du livre : Comment réussir à se planter
Photo de l’auteur : <p style="text-align:justify;">Arnaud Tonnelé est Consultant chez Kéa partners.</p> <p style="text-align:justify;"><strong>Il sera présent lors de la journée des Rencontres du coaching le vendredi 01 juillet 2022 à Toulon avec un atelier "Collectif : une idée neuve dans les organisations ?"</strong></p> <p style="text-align:justify;">Il a commencé sa carrière à la Sofres en réalisant des audits de climat social. Il a poursuivi chez Bossard Consultants, puis au sein d'une filiale du Groupe Danone, comme consultant en accompagnement du changement. Cette expérience l'a conduit à consacrer un premier ouvrage aux Equipes autonomes, paru aux éditions Eyrolles en 2007. II est aujourd'hui consultant-coach au sein du Bernard Julhiet Group.</p>

Arnaud Tonnelé est Consultant chez Kéa partners.

Il sera présent lors de la journée des Rencontres du coaching le vendredi 01 juillet 2022 à Toulon avec un atelier "Collectif : une idée neuve dans les organisations ?"

Il a commencé sa carrière à la Sofres en réalisant des audits de climat social. Il a poursuivi chez Bossard Consultants, puis au sein d'une filiale du Groupe Danone, comme consultant en accompagnement du changement. Cette expérience l'a conduit à consacrer un premier ouvrage aux Equipes autonomes, paru aux éditions Eyrolles en 2007. II est aujourd'hui consultant-coach au sein du Bernard Julhiet Group.

Que diriez-vous d'une cure de détox managériale ?

Nous sommes entrés dans l'ère du "fake", du "fait alternatif", de la "postvérité". L'époque ne s'encombre plus guère de raisonnement, de complexité, d'argumentation. Avec les réseaux sociaux, où chacun peut donner son avis sur tout et n'importe quoi, cette tendance semble s'amplifier.

Les entreprises, qui se pensent pourtant comme de hauts lieux de la rationalité, ne sont pas épargnées. "Storytelling", "leadership narratif", "agilité", "organisations apprenantes", "neuromanagement"... En apparence, les méthodes "dernier cri" sont déployées ; en réalité, ce sont bien souvent les mêmes vieilles recettes tayloriennes qui sont appliquées, simplement relookées pour masquer le subterfuge.

Notre avis

À la suite de l’anthropologue David Graeber, qui a introduit la notion de « Bullshit jobs », nous sommes en droit de nous demander si un « Bullshit management » n’est pas doucement en train de s’installer, au grand dam des managers et des collaborateurs, qui n’en demandent pas tant.

Couverture du livre : Palindrome
Photo de l’auteur : <p>Georges Perec est un écrivain et verbicruciste français né le 7 mars 1936 à Paris <abbr title="Dix-neuvième">19e</abbr> et mort le 3 mars 1982 à Ivry-sur-Seine. Membre de l'Oulipo à partir de 1967, il fonde ses œuvres sur l'utilisation de contraintes formelles, littéraires ou mathématiques, qui marquent son style. </p>

Georges Perec est un écrivain et verbicruciste français né le 7 mars 1936 à Paris 19e et mort le 3 mars 1982 à Ivry-sur-Seine. Membre de l'Oulipo à partir de 1967, il fonde ses œuvres sur l'utilisation de contraintes formelles, littéraires ou mathématiques, qui marquent son style. 

Le Palindrome de Georges Perec, également connu sous le nom de Grand Palindrome, fête cette année ses cinquante ans. Il reste l'un des textes le plus marquants du XXe siècle mais n'avait pourtant jamais été publié seul.

Notre avis

Georges PEREC est décédé il y a quarante ans, il en aurait quatre-vingt cette année. L’auteur de la « Disparition » est aussi l’auteur du plus long palindrome dont le texte seul est désormais édité. L’auteur à fait de la contrainte (littéraire) un incroyable atout. Son travail est celui d’une mise au travail de la contrainte elle-même. A lire et à relire.

Couverture du livre : Aux bons soins du capitalisme
Photo de l’auteur : <p>Ancienne élève de l'École normale supérieure de Cachan, agrégée de sciences économiques et sociales, Scarlett Salman est sociologue, maîtresse de conférences à l'Université Gustave Eiffel et chercheuse au Laboratoire interdisciplinaire sciences innovations sociétés (LISIS).</p>

Ancienne élève de l'École normale supérieure de Cachan, agrégée de sciences économiques et sociales, Scarlett Salman est sociologue, maîtresse de conférences à l'Université Gustave Eiffel et chercheuse au Laboratoire interdisciplinaire sciences innovations sociétés (LISIS).

Cette enquête au long cours sur le coaching, qui croise les témoignages de coachs, de DRH et de cadres, s'interroge sur le « nouvel esprit » d'un capitalisme qui tend à ériger l'individu, et même la personne, en projet. Au risque de décharger les entreprises de leurs responsabilités organisationnelles.

Notre avis

Normalienne, l’auteure est également économiste et sociologue. Elle fonde son travail autour d’une question centrale : le coaching est-il le symbole d'un capitalisme à visage humain ou au contraire l'agent d'une injonction managériale au bien-être et à l'optimisation de soi ? L’auteure a mené l’enquête, elle croise les témoignages de coachs, de DRH et de cadres, s'interroge sur le « nouvel esprit » d'un capitalisme qui tend à ériger la personne, en projet… Une lecture aussi grinçante que salvatrice pour les professionnels du coaching qui trouvent ici à penser le métier dans ses dimensions sociales et sociétales.

Couverture du livre : La société du peloton
Photo de l’auteur : <p>Guillaume Martin, né le 9 juin 1993 à Paris, est un coureur cycliste français, membre de l'équipe Cofidis. Il a notamment été meilleur grimpeur du Tour d'Espagne 2020, et obtenu la huitième place du Tour de France 2021. Il est également l'auteur de deux ouvrages traitant de philosophie et de son application au sport.</p>

Guillaume Martin, né le 9 juin 1993 à Paris, est un coureur cycliste français, membre de l'équipe Cofidis. Il a notamment été meilleur grimpeur du Tour d'Espagne 2020, et obtenu la huitième place du Tour de France 2021. Il est également l'auteur de deux ouvrages traitant de philosophie et de son application au sport.

«  La bataille au sein du peloton fait rage. Tous les équipiers tâchent de placer leurs leaders dans les meilleures dispositions à l'instant décisif. Ils se sacrifient. L'échappée se détache enfin, elle doit maintenant résister au retour du groupe principal. Malgré leur rivalité, les fugitifs doivent collaborer et harmoniser leurs efforts s'ils veulent conserver leur avance. Il n'y aura qu'un seul vainqueur et pourtant ce dernier ne peut espérer franchir le premier la ligne d’arrivée sans s'appuyer sur le travail des autres.  »

Notre avis

L’auteur, Guillaume Martin est coureur cycliste professionnel, un sportif de haut niveau qui pense en philosophe avec une solide formation à la clé et dans une discipline sportive dans laquelle les performances sportives sont bien souvent raillées… L’auteur sort du peloton pour nous ouvrir à une profonde réflexion sur la dialectique individu et collectif s’appuyant pour cela sur ce qui se passe dans le peton cycliste. Une pensée originale et passionnante qui fait exploser bien des idées reçues.

Couverture du livre : La tyrannie du mérite
Photo de l’auteur : <p>Michael J. Sandel est un philosophe politique américain. Il est professeur à Harvard, au sein du département de science politique.</p>

Michael J. Sandel est un philosophe politique américain. Il est professeur à Harvard, au sein du département de science politique.

Nous vivons une époque dangereuse pour la démocratie, une époque qui creuse les écarts entre gagnants et perdants. En cause, l’idéal de la méritocratie qui, généralement associé au fonctionnement régulier des institutions démocratiques, à l’autonomie et à la liberté des citoyens, et à une certaine forme de justice sociale, apparaît fondamentalement vicié et in fine inégalitaire, conduisant les sociétés occidentales à une véritable « tyrannie du mérite ». 

Notre avis

Sociologues et philosophes ont amplement démontré la dimension idéologique du concept de mérite. A l’heure où tous les cinq ans, élection présidentielle oblige, reviennent inlassablement les discours sur la « valeur travail » (à ne pas confondre avec la valeur du travail), la récompense du mérite individuel et la chasse aux chômeurs transformés pour la cause en assistés ; la lecture de cet essai de philosophie politique ouvre de belles perspectives : il invite à une politique du bien commun centrée sur la dignité du travail.

Couverture du livre : L'enfer numérique
Photo de l’auteur : <h3>L’auteur</h3> <p>Guillaume PITRON est un journaliste français, spécialiste de la géopolitique des matières premières, auteur et réalisateur de documentaires. </p> <p>Titulaire d’un DEA de droit de l'université de Paris et d’un master de droit international de l’université de Georgetown, Guillaume Pitron est juriste avant de devenir journaliste pour le Monde diplomatique, Geo et National Geographic. Il est le réalisateur de plusieurs documentaires sur l'exploitation des matières premières, notamment Boomerang : le côté obscur de la barre chocolatée1 et La Sale Guerre des terres rares.</p>

L’auteur

Guillaume PITRON est un journaliste français, spécialiste de la géopolitique des matières premières, auteur et réalisateur de documentaires. 

Titulaire d’un DEA de droit de l'université de Paris et d’un master de droit international de l’université de Georgetown, Guillaume Pitron est juriste avant de devenir journaliste pour le Monde diplomatique, Geo et National Geographic. Il est le réalisateur de plusieurs documentaires sur l'exploitation des matières premières, notamment Boomerang : le côté obscur de la barre chocolatée1 et La Sale Guerre des terres rares.

La 4ème de couverture

Comment se douter qu’un simple Like envoyé depuis nos smartphones mobilise ce qui constituera bientôt la plus vaste infrastructure édifiée par l’homme ? Que cette notification, en traversant les sept couches de fonctionnement d’Internet, voyage autour du monde, empruntant des câbles sous-marins, des antennes téléphoniques et des datacenters implantés jusque dans le cercle arctique ?

Notre avis

L’insoutenable légèreté du net donne le vertige. Sous les apparences de la simplicité et de la neutralité écologique, nos usages du net s’avèrent être une source de pollution insoupçonnée au point que nul ne sait dire à ce jour le coût pour la planète de l’envoi d’un courriel. Un ouvrage essentiel pour comprendre le dessous des cartes.

Couverture du livre : Et tes parents, ils font quoi ?
Photo de l’auteur : <h3>L’auteur</h3> <p>Adrien Naselli a grandi à Grenoble, dans les champs de ses grands-parents. En 2009, il est admis à l’ENS d’Ulm en lettres. Diplômé du CFJ, il travaille à France Culture avant de prendre la rédaction en chef de Têtu à l’âge de 27 ans. Aujourd’hui, il collabore avec plusieurs médias (Le Monde, France Inter, Louie Media) en tant que journaliste société. Et tes parents, ils font quoi ? est son premier livre.</p>

L’auteur

Adrien Naselli a grandi à Grenoble, dans les champs de ses grands-parents. En 2009, il est admis à l’ENS d’Ulm en lettres. Diplômé du CFJ, il travaille à France Culture avant de prendre la rédaction en chef de Têtu à l’âge de 27 ans. Aujourd’hui, il collabore avec plusieurs médias (Le Monde, France Inter, Louie Media) en tant que journaliste société. Et tes parents, ils font quoi ? est son premier livre.

La 4ème de couverture

Depuis qu’il est arrivé à Paris, Adrien Naselli, père conducteur de bus et mère secrétaire, tient une liste des gens comme lui, ces « transfuges de classe » qui concentrent l’attention des médias. Pour cette enquête, il est allé à la rencontre de leurs parents. Ils sont ouvriers, agriculteurs, aides-soignantes, petits employés, tandis que leurs enfants sont journalistes, écrivains, magistrats ou universitaires. Ils gagnent le smic ou à peine plus, ont quitté l’école avant dix-huit ans et n’ont pour la plupart jamais pris l’avion. Dans le conte de fées de la méritocratie, ils sont l’envers du décor.

Notre avis

Un récit de vie passionnant dans lequel son auteur se livre, en sociologue autant qu’en journaliste à une analyse fine des processus à l’œuvre pour les personnes dites « transfuges de classe ». Andrien Naselli sait décrire avec justesse et distance ce qui fut en jeu pour lui en tant que « transfuge de classe » et qui engage bien au-delà de la mobilité sociale dont parle les sociologues.

Ouvrages

Photo de Philippe BIGOT
Philippe BIGOT
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Fabienne BERNARD
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Emilie DEVIENNE
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Roland GORI
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Emmanuel GRATTON
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Reine-Marie HALBOUT
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Considérations critiques sur les modèles maieutiques

LEGRAND Jean-Louis

Conférence sur le Coaching Orienté Solution® - partie n°1
De la résolution de problème à la construction de solution – Philippe Bigot
Conférence organisée par le Réseau des Formateurs UGS, qui a eu lieu le 16 novembre 2013 et qui avait pour thème "Le Coaching Orienté Solution" : le « coaching orienté solution® » est un modèle qui s'appuie sur une vision originale du changement individuel et collectif et oriente une pratique. Sur quoi se fonde cette pratique ? Qu'implique-t-elle pour l'accompagnant ? Quels enjeux et quels moments clés de la démarche ?

Philippe Bigot aborde ici les principaux postulats de sa méthode.

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Changement et processus d'adaptation

AUDETAT - VOIROL

La Mise à mort du travail

Rencontres et débats autrement, avec Jean-Robert Viallet et Vincent de Gaulejac

Moins de travail qu'avant, mais plus de stress

Vincent de Gaulejac, professeur de sociologie du travail Paris VII

La société malade de la gestion

La société malade de la gestion : conférence de Vincent DE GAULEJAC Sous une apparence pragmatique, la gestion constitue une idéologie qui légitime la guerre économique, l'obsession du rendement financier et qui est largement responsable de la crise actuelle. La culture de la performance et de la compétition met tout le monde sous haute pression : épuisement professionnel, stress, suicides au travail.

Vincent de Gaulejac - Travail les raisons de la colère

Vincent de Gaulejac, directeur du laboratoire de changement social à l'Université Paris 7 Denis-Diderot, auteur de Travail, les raisons de la colère (Editions du Seuil, paru le 3 mars 2011), est l’invité d’Audrey Pulvar dans le 6/7 de France Inter (6h50 - 22 mars 2011).

La société malade de la gestion

Rencontres et débats autrement - 1er juillet 2009 - Café du Pont neuf - Vincent de Gaulejac, directeur du Laboratoire de changement social, sociologue, clinicien et auteur d'une quinzaine d'ouvrages dont LA SOCIÉTÉ MALADE DE LA GESTION, paru en livre de poche aux éditions du SEUIL en mars 2009.

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Enquête OVAT sur la perception des RPS

Enquête OVAT sur la perception des RPS, parole aux salariés.
pour plus d'informations consultez le site: //www.travailler-mieux.gouv.fr et //mars-lab.com/

LE SUICIDE AU TRAVAIL - Entretien avec Christophe Dejours dans la Nuit de la Cogip (extrait)

Extrait du film "Le Travail Aujourd'hui: Bilan et Perspectives", un entretien très intéressant et très sérieux de Nicolas & Bruno avec Christophe Dejours (Psychiatre, psychanalyste, professeur au CNAM et Directeur du Laboratoire de psychologie du travail et de l'action), diffusé dans La Nuit de la Cogip sur Canal+. 26 minutes d'entretien illustré de Messages à Caractère Informatif.

Christophe Dejours stress au travail / 1er partie

Intervention de Christophe DEJOURS, médecin-psychiatre, professeur au CNAM : introduction à l’analyse des problèmes de santé au travail.
Rendez-vous d’automne de l'ANM, Association Nationale des Médiateurs. Au Palais Bourbon le 24 octobre 2008

Christophe Dejours stress au travail / 2° partie

Intervention de Christophe DEJOURS, médecin-psychiatre, professeur au CNAM : introduction à l’analyse des problèmes de santé au travail.
Rendez-vous d’automne de l'ANM, Association Nationale des Médiateurs. Au Palais Bourbon le 24 octobre 2008

La mise à mort du travail - france inter

Christophe Nick, producteur de la série documentaire « La mise à mort du travail » et Paul Moreira, co-auteur avec Hubert Prolongeau de « Travailler à en mourir : quand le monde de l'entreprise mène au suicide » étaient les invités de Pascale Clark dans Comme on nous parle sur France Inter (09h35 - 26 Octobre 2009).

J'ai mal au travail ! - France Inter

Alain Le Gouguec reçoit dans le 7/10 de France Inter, Danièle Linhart, sociologue du travail, directrice de recherche au CNRS et Marie Pezé, psychanalyste (08h20 - 30 Octobre 2009).

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Sociologie clinique et RPS

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